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1 Alain

 

Lettre de confession et d’analyse après 8 séances de thérapie avec Mme SOYRIS et M. SUARD que je remercie pour leur métier.

 

Pour ne pas t’offusquer davantage, je ne pense pas que tu puisses recevoir ou lire cette lettre un jour, mais je me dois de l’écrire pour t’exprimer tous mes regrets car mes actes sont impardonnables, lâches et inqualifiables. J’ai agi comme un égoïste en ne pensant qu’à mon plaisir personnel sans me préoccuper de ta souffrance et de ton angoisse quotidienne à laquelle tu étais contrainte. Ce sont mes actes et moi seul qui est le responsable dans cette histoire, ma situation actuelle n’est que justice comparé à tout le mal que j’ai pu te faire pendant toutes ces années.

 

Mon manque de franchise a été de ne pas reconnaître les faits lorsque tu les as dénoncés devant toute la famille et par mon manque de courage tu as été mise à l’écart de toute la famille qui t’a fait passer pour une menteuse car personne ne pouvait s’imaginer que de tels faits avaient pu se produire au sein même du milieu familial.

 

Je ne peux te demander de me pardonner car moi-même je ne pourrai jamais me pardonner ce que je t’ai fait subir contre ta volonté, car ton silence et ton impuissance à me repousser étaient liés à une très grande angoisse provoquée par mon comportement malsain et incompréhensible..

 

Je souhaite que mes aveux et mon jugement te permettront de vivre un peu mieux et que ton état psychologique aille de mieux en mieux. Je suis actuellement dans un groupe de parole. Après plusieurs séances, j’ai pris conscience que ma timidité, mon immaturité, et la peur de m’exprimer ont pu contribuer à de tels agissements mais que cela ne justifie en rien la responsabilité qui m’incombe.

 

Maintenant que j’ai compris pas mal de choses, mon plus grand souhait est de réparer tous les dégâts que j’ai occasionnés autour de moi, en commençant si tu le veux bien par te réhabiliter au sein de la famille, en leur disant toute la vérité « chose qui ne sera pas facile pour moi ». Mais c’est à moi de leur dire et surtout de les persuader à 100 % que c’est moi et moi seul le responsable de toute cette affreuse histoire.

 

En espérant que les choses redeviennent pratiquement comme avant, il faudra être patient et surtout beaucoup de temps pour cela car les faits de cette histoire s’atténueront un peu mais ne s’effaceront jamais de nos mémoires.

 

Je regrette qu’au sein de notre famille le manque de communication évident et les mensonges incessants entre nous ont créé une atmosphère malsaine où l’autorité constante et le manque d’écoute prédominaient sur le temps qui aurait dû être consacré à notre éducation….

J’espère que cette dure épreuve de la vie que je vis en ce moment m’apportera un peu plus de maturité pour que je puisse affronter les gens qui m’entourent et les petits tracas de la vie quotidienne. Sans oublier le plus important à mes yeux qui est la communication car sans elle on ne peut évoluer normalement…

 

 

2 Bernard

 

« … Je tiens à ce que tu saches que je n’ai absolument aucun reproche à t’adresser, bien au contraire. En effet, c’est grâce à ton courage que les choses ont pu changer, pour toi, mais pour moi aussi, et je t’en remercie du fond du cœur. Grâce à ton intervention, j’ai pu entreprendre une thérapie dès mon incarcération et qui se poursuit encore maintenant. J’en tire de grands bénéfices, je ne suis plus celui que j’étais, je suis devenu un homme responsable qui veut être un père, un vrai père et j’entends bien y parvenir et le rester.

 

Avec l’aide de mon psychologue, j’avance dans la bonne direction. Grâce à toi, j’ai pu resserrer des liens familiaux avec mes sœurs et mes parents, bien plus forts qu’auparavant. On peut dire que j’ai des frères, des sœurs et des parents qui m’ont retrouvé tel que j’aurais dû être et que je suis devenu, c’est-à-dire un homme responsable… ».

 

 

3 Claude

 

« …En premier lieu je voudrais te demander pardon et te dire mes regrets pour les gestes déplacés que j’ai eus envers toi. Ton papa n’avait pas le droit de faire des choses pareilles, c’est donc pour cela que je voudrais que tu saches, maintenant que tu es en âge de comprendre, que tu n’es en rien responsable si je suis en prison aujourd’hui. Mais bien au contraire, je trouve que tu as eu raison d’en parler et même si cela te paraît bizarre mais si tu n’avais rien dit, la justice ne serait jamais intervenue et peut-être que ton père aurait fait des choses beaucoup plus graves, alors comme tu peux le voir c’est un service que tu m’as rendu car je profite d’être en en prison pour me soigner pour ne plus jamais refaire des choses pareilles. Quoi qu’il en soit je tiens à te dire que je ne vous oublie pas et que je vous aime toujours, autant sinon plus car malgré cette bêtise que ton papa a faite, vous êtes ce qui m’est arrivé de mieux dans ma vie. Le plus dommage, c’est que ton père a fait l’idiot et de ne pas avoir réagi en homme et papa normal…

…Quand je serai dehors,  papa fera tout ce qui sera possible et nécessaire pour refaire une vie normale et ainsi devenir un homme mais aussi un papa raisonnable, sûrement le papa que vous auriez aimé avoir… »

 

 

4 Daniel

 

J…,

Je t’écris cette lettre pour me ré-excuser du mal que je t’ai fait. Mais surtout ne pense pas que je te demande ton pardon car ce que je t’ai fait ne se pardonne jamais. Ne crois pas non plus que je t’en veuille pour avoir dévoilé toute la vérité à tes parents. Au contraire, c’est très bien et tu as eu la force d’en parler et c’est très courageux de ta part et même je te remercie de l’avoir fait car même si je passe quelques années en prison, c’est normal. Mon rôle était plutôt de te protéger et non de faire mal. Je te promets de me soigner pour éviter que cela ne recommence car moi je ne pardonnerai jamais de t’avoir fait autant de mal.

J’espère que toi tu vas bien et que tu arrives à sortir de ce cauchemar sachant qu’au procès tu ne voulais pas te faire aider par un psychologue. J’ai su que tu avais eu ton bac avec mention et je suis bien content pour toi. Cette année tu as dû rentrer à l’Université pour devenir ingénieur. J’espère que pour toi c’est en bonne voie et même si tu ne peux pas devenir pompier comme tu le désirais quand tu étais plus jeune, peut-être pourras-tu devenir bénévole.

Je te quitte en te souhaitant beaucoup de courage et bonne chance pour tout.

 

 

5 Emile

 

J’espère que tu auras la force d’ouvrir cette lettre et de la lire. J’ai bien réfléchi avant de savoir si je pouvais, ou si je devais écrire. J’ai demandé l’avis de Monsieur le Juge de l’application des peines, et aussi celui du psychologue que je consulte régulièrement depuis que je suis à C.. . Cette lettre sera transmise à Monsieur le Juge qui décidera si elle peut être expédiée.

J’ai bien réfléchi depuis que je suis en prison, j’ai l’impression de ne plus être la même personne que tu as malheureusement connue et je pense avoir évolué.

J’ai des choses que je pense importantes à te dire. Tout d’abord, te dire combien je regrette de t’avoir fait tant de mal et je te demande pardon. Je vis avec ces regrets chaque jour de mon existence et je sais qu’il en sera ainsi jusqu’à la fin de ma vie. Je sais aussi que je ne pourrai jamais réparer tout ce mal que je t’ai fait. C’est peut-être tout cela qui fait que je ne suis plus le même avec l’aide que m’apporte le psychologue.

Je voudrais aussi te dire de ne pas te sentir coupable, tout ce qui est arrivé est bien de ma faute, de mon unique faute. J’ai souffert dans ma jeunesse et particulièrement avec mon père. Etant devenu grand, je voulais lui dire tout ce que j’avais sur le cœur, tout le mal qu’il avait fait. Je crois que cela m’aurait fait du bien, mais je n’ai jamais eu le courage de lui dire quoi que ce soit et il est décédé et je regrette maintenant de lui avoir rien dit avant. Je te dis cela pour que tu ne vives pas la même chose avec moi. Ne te sens pas coupable, tu ne l’es pas. Si tu as l’envie de me dire tout le mal que tu penses de moi, dis-le, écris-le, cela te libérera. N’attends pas que la mort rende les choses irrémédiables.

Il n’est pas du tout dans mon intention de te déranger mais tout simplement te dire ce qui me semblait important pour ton bien-être. Oui, je le reconnais, il m’a fallu du temps pour évaluer tout ce mal, toute cette souffrance que tu as vécu par mon unique faute et je t’en demande encore pardon.

Sois sans aucune crainte, je ne te dérangerai plus en aucune façon, il me fallait la prison pour comprendre, pour réfléchir et me rendre vraiment compte des atrocités que tu as vécues par ma faute. Encore pardon.

Ton père,

 

 

6 Fernand

 

N..,

Je ne sais par où commencer cette lettre. Pourtant, j’ai tellement de choses à te dire et j’ai tellement de regret, ma vie a basculé le 17 février 20.., l’après-midi de mon arrestation, j’ai compris tout de suite que j’allais tout perdre, je pense que pour toi cela a été un soulagement et je te comprends. Si je me décide à t’écrire après 4 ans de prison, c’est que j’ai beaucoup réfléchi à tout ça, j’ai énormément de remords et de honte, je suis beaucoup d’émissions à la Télé sur la délinquance sexuelle, c’est là que j’ai eu le déclic de t’écrire, mais je t’avoue que j’ai encore beaucoup de mal à m’expliquer ce que j’ai fait. J’avais un amour très fort pour toi, et je croyais que c’était réciproque, mais jamais de ma vie je n’aurais dû te toucher, j’avais toujours l’impression que tu étais consentante, je crois que l’amour que j’avais pour toi, je n’ai pas su le gérer, j’ai été très égoïste, dans ces moments-là, je ne pensais même pas à ta mère, la peine que cela lui ferait quand elle apprendrait tout ça, je pense que je t’ai fait beaucoup de peine, mais je te souhaite avant tout que tu te sois reconstruit une vie en essayant de ne plus penser à ça, car oublier ce n’est pas possible et je te comprends et cela n’a pas du être facile pour toi.

Je t’ai trahie doublement, car je t’avais promis et juré sur ta tête de ne jamais toucher à ta sœur, je n’ai pas su tenir ma parole, je suis impardonnable. Je pense que rien ne sera plus comme avant, j’en assume la responsabilité, je sais que tu es une victime, même si quelque fois, j’ai eu des doutes, j’avais toujours l’impression que tu me cherchais, et peut-être que cela m’arrangeait de penser ça.

Au centre pénitentiaire, je discute avec un psychologue pour savoir le pourquoi de tout ça, mais tout n’est pas clair dans ma tête, je me pose encore beaucoup de questions, j’espère avoir fait du chemin et une chose qui est sûre, c’est que je ne recommencerai jamais, ça j’en suis sûr et certain. Je voudrais tellement te rencontrer pour pouvoir discuter de tout ça, je pense que pour toi cela est impossible, mais cela serait peut-être un soulagement pour toi de me dire en face ce que tu penses de tout ça, à moins que tu aies tourné la page et ne plus entendre parler de moi, si cela est ta volonté, je la respecterai. Pour ta sœur D…, je ne suis pas prêt à m’expliquer auprès d’elle, par contre je te demanderai de ne pas influencer la plus jeune sur sa décision de m’écrire ou de me voir, il ne me reste plus qu’elle et je crois que j’ai perdu gros dans cette affaire. De toute façon, peut-être qu’un jour, j’aurai l’occasion de lui expliquer tout ça, mais sache que je ne te mettrai pas les torts sur le dos, je crois que j’ai fait assez de mal comme ça. Je pense très souvent à vous et à ta pauvre mère, que j’aime toujours, j’ai beaucoup de peine pour elle, mais il est trop tard pour revenir en arrière et le dialogue n’est pas possible avec elle, je le regrette beaucoup car j’avais besoin d’elle. Mais je sais qu’elle n’est pour rien dans tout ça mais elle subit énormément. Je lui ai énormément écrit, mais je n’ai jamais eu de réponse.

Je ne sais pas si tu vas lire cette lettre, je ne pense pas que tu vas me répondre, mais je voulais te faire savoir combien je regrette, et cela jusqu’à la fin de mes jours. Sache quand même que je t’aime toujours, de père à fille. Je te souhaite plein de bonheur et de réussir dans la vie et je te remercie de m’avoir dénoncé, cela a protégé ta sœur. Au départ, je t’en ai voulu énormément, j’avais beaucoup de vengeance, maintenant j’en suis à te remercier, mais je crois qu’il aurait fallu me dénoncer avant, pour le bien de tout le monde. De toute façon, je ne suis que le seul responsable et je n’en veux qu’à moi-même.

Je n’écris pas cette lettre pour essayer de t’acheter, peut-être que ta décision est déjà prise de ne plus me revoir mais je tenais à te demander pardon par écrit, peut-être que cela va te faire sourire, comme au tribunal, le jour de mon procès, quand je t’ai demandé pardon, tu as fait signe que « non » de la tête, par contre je me rappelle très bien ton sourire à l’énoncé de mes 12 ans de prison et de partie civile, je ne sais pas si tu souriais pour les 12 ans ou si tu étais contente pour la partie civile, ou peut-être les deux.

J’ai mis plus de 15 jours pour écrire cette lettre, j’espère que tu la prendras au sérieux. Pour moi, cela me semble normal de te demander de nouveau « pardon », même si toute la vérité n’a pas été dite, j’en supporte les conséquences et je me suis bien mis en  tête que tu es une victime et que tu l’as été reconnue ainsi.

J’espère avoir de tes nouvelles, je t’ai mis mon adresse, j’attendrai ta lettre avec impatience, même si elle est désagréable, au moins je saurai à quoi m’en tenir et si tu ne veux pas me répondre, peut-être qu’un jour tu te décideras. Sache que je t’aime toujours.

Je t’embrasse très fort.

Papa

 

 

 

7 Gilbert

 

L…

Je t’écri cette lettre pour savoir comment tu vas, j’espère que ta santée est bonne, et le moral aussi , je vien te dire que je m’escuse pour tout ce que j’ai pu te faire car cela n’était pas très inteligent de ma part, je n’avai pas le droit d’atteindre ta vi privées. Normalement les parents sont là pour protéger les enfants et non pour leurs faires subir des actes, je m’en veux beaucoup car je n’arrête pas dit penser. Je suis comptent de ce que tu as fait, au contraire, je t’admire pour tout ça, car sa ma fait comprendre que je n’avai pas le droit de te faire subir tout cela, que tout sa ma fait un grand bien, j’espère que pour toie cela va mieux, je te demande pardon pour tout ceci.

L… si tu as besoins de quelques choses que se soient je serai toujours disponibles à n’importe quel moment. Je pense à toie.

Papa

 

 

8. Henri

 

Y..,

Je t’adresse ce courrier que tu sembles attendre depuis ta rencontre avec ma compagne en début d’année. Ce courrier aurait pu te parvenir il y a deux ans. À cette date, j’étais encore détenu et je participais à un « groupe de parole » composé d’auteurs de violences et de crimes à caractère sexuel vers un membre de leur famille. Ce groupe était animé par M. SUARD. C’est dans ce cadre thérapeutique que j’envisageais de t’adresser un courrier. Hélas, bien que la démarche rencontrait un écho favorable au sein du groupe, la Conseillère d’Insertion et de probation référente me dissuadait vivement d’entreprendre cette démarche. Je reportais donc à une date ultérieure cette entreprise.

 

En septembre 20.., je bénéficiais d’un aménagement de peine. Mais je n’étais pourtant ni prêt ni disponible pour de nouveau envisager de t’écrire. D’une part, mes travaux pour me reconstruire, retrouver des repères socio-professionnels et d’autre part la procédure en cours, occupaient déjà beaucoup de place dans mon esprit. Ce courrier aurait été mal venu dans cette période de turbulence. Le risque, sans doute, que ma démarche soit, elle, également qualifiée de tentative de manipulation et/ou de manipulation et de harcèlement.

 

Depuis le début de l’année, un certain apaisement nous laisse espérer que des choses sont possibles …

Aujourd’hui, je saisis ma plume, avec beaucoup de difficultés. Je sais que tu attends de connaître les motivations, justifications, explications quant aux faits. Malheureusement, je crains de ne pouvoir t’apporter une réponse entendable, satisfaisante. Ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas conscience de la gravité des actes criminels et indignes d’un père que j’ai commis envers toi durant des années, du traumatisme que tu as subi et dont il te restera toujours des séquelles. Je travaille depuis cinq ans avec le concours de thérapeutes, maintenant avec M. SUARD, dans la continuité de ce qui a été commencé durant ma détention. Au delà de l’injonction de soins qui a été prononcée lors du jugement, j’ai été demandeur de cet accompagnement, bien avant mon incarcération.

 

Quelles réponses puis-je t’apporter sur mes actes ? Je pense dire que lors des passages à l’acte, quand cela arrivait, c’était le plus souvent une question de situations héritées des moments de difficultés existentielles, depuis ma plus jeune enfance jusqu’à ma vie d’adulte. Les passages à l’acte avaient quelque part valeur de compensation existante, un besoin de compensation dû à ma défaillance et de besoins mal maîtrisés avec les femmes. Besoins aujourd’hui disparus. Je peux dire également aujourd’hui que j’ai eu souvent une enfance marquée par des carences éducatives, et par des traumatismes réels. J’ai moi-même été agressé, mais je préfère ne pas entrer dans cette logique hypothétique d’agresseur-agressé.

 

Par ailleurs, je comprends tes craintes pour mes plus jeunes enfants. Dans les littératures spécialisées, médias, les chiffres sur la récidive sans suivi ni traitement des auteurs de délits et crimes sexuels, notamment en ce qui concerne les pères incestueux, seraient en dessous de 5%. Qu’en est-il alors de ceux qui ont entrepris une démarche thérapeutique ? Pour ce qui me concerne, je me permets d’affirmer qu’il n’y a aucun risque. D’une part, j’ai reconnu les faits, j’ai été condamné, d’autre part la prison aura été une sanction nécessaire me permettant de faire un travail introspectif. La prison est dans certains cas (même si d’autres alternatives existent) le lieu institutionnel où commence toute démarche de soin, du fait du déficit de prise en charge à l’extérieur, voire, par conséquent, de praticiens formés à l’accompagnement de délinquants sexuels. J’ai pu prendre conscience et analyser le schéma déviant qui m’a conduit à commettre ces actes horribles. Il paraît que l’un des éléments importants pour apprécier la dangerosité de quelqu’un est de voir son positionnement psychologique face aux faits qui lui sont reprochés.

 

Comme je l’ai expliqué à l’époque de mes premières déclarations, cela a été pour moi un soulagement. J’imagine, malgré la pénibilité de telles révélations que cela a dû être de même pour toi. Je te l’écris sincèrement, en te délivrant de ce fardeau trop lourd à porter, tu me délivrais également. Tu as été très courageuse. J’ai été lâche, je devais moi-même mettre un terme à tout cela, je devais me dénoncer, comme j’ai été lâche de me réfugier derrière ton éloignement de la maison, espérant que cela pourrait régler mon comportement déviant envers toi.

 

Le travail de soin, engagé depuis 5 ans, m’a permis d’évoluer, mais il me reste encore à faire. Quarante six années de vie demandent beaucoup d’introspection en quelque sorte.

 

Je me suis, durant quelques mois, laissé pousser la barbe, derrière la quelle il me semblait me réfugier parfois, comme pour ne plus avoir à reconnaître le salaud que j’ai été et que je resterai aux yeux des autres. Au fond de moi, j’essaie tant bien que mal de dissimuler un profond sentiment de honte, de dégoût. Il m’est pénible de porter un jugement de valeur sur mes actes à voix haute, je veux dire d’en parler hors du cadre thérapeutique. Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’envisager l’exil, de recommencer ma vie, une autre vie en partant de zéro. Mais c’est là encore un sentiment d’impuissance doublé de celui de lâcheté. Non, cela n’est pas possible, je ne peux balayer d’un revers de la main ce passé, mes proches, et de fuir mes responsabilités. J’ai un sentiment de dette envers celles et ceux que j’ai trahis et fait souffrir. J’ai également un devoir de réparation envers toi et mes proches. C’est un vaste travail dont je ne peux mesurer la somme d’engagement nécessaire à sa réalisation.

 

Ton traumatisme, ta blessure auront besoin de temps pour cicatriser, je souhaite que cette plaie devienne une plaie propre, même au travers de certains stigmates qui rappelleront que désormais rien ne sera plus comme avant. La nostalgie, c’est ce qu’il reste ou ce qui nous permet de rebondir, pour se saisir de ce que nous avons connu de satisfaisant.

 

Je constate que tu as évolué dans certains domaines. Bon nombre de victimes ont beaucoup de difficultés pour faire face au traumatisme et se reconstruire. Toi, au contraire, tu as fait preuve de beaucoup de persévérance, tu as eu la faculté de pouvoir rebondir. J’imagine que cela n’a pas dû être simple tous les jours, mais tu sembles avoir trouvé la voie qui te convenait le mieux. Sincèrement, félicitations. Cela me touche et je suis heureux de savoir que tu remontes la pente. Tu es méritante et récompensée de ton courage et de ton abnégation face à l’adversité que peut être cette grande épreuve, la redécouverte de soi, pour soi. Tu es un bel exemple de réussite pour ton frère, puisse-t-il en profiter, ce dont je ne suis pas sûr.

 

Ta démarche vers M. SUARD était également courageuse. Puisse-t-elle être un outil pour l’avenir. Je te félicite également pour ton comportement vis-à-vis de ma femme, et de mes enfants. Je pense que cela est mieux ainsi et permet à chacun de se concentrer sur d’autres préoccupations.

 

Je vais conclure ce courrier, souhaitant qu’il réponde en majeure partie à ce que tu souhaitais, même si certaines choses te paraissent difficilement entendables. Je ne te demanderai pas de me pardonner. J’estime que le pardon n’appartient qu’à toi-même et tu as toute la liberté d’agir selon tes sentiments et ta conscience. Pardonner, n’est-ce pas tourner la page, et passer à autre chose ? Une porte ouverte sur un « possible », un avenir apaisé. Cela demande temps, disponibilité d’esprit, entendement.

 

Par ailleurs, je souhaite que cet apaisement soit durable et permette à chacun de mes enfants de se retrouver autant auprès de leurs parents que de leurs frères et sœurs, sans l’angoisse d’un conflit non réglé, d’un abcès mal percé. Il y a eu de par ma faute une confusion des places ; il est nécessaire, si l’on veut croire à un « possible meilleur » que chacun retrouve sa place au sein de la famille. Toi,  ton grand frère, mes deux plus jeunes, vous êtes mes enfants. D..est la maman des deux derniers, et ma compagne.


Elle me dit parfois qu’elle aimerait que nous soyons un jour réunis (ton frère me l’écrit souvent aussi). Je pense que cela peut être un projet d’avenir, mais pour l’heure, je ne suis pas prêt, je ne me sens pas le courage. Le poids de la faute est trop important, la honte me tenaille, je ne m’estime pas digne aujourd’hui d’un tel événement, mais je sais que je ne pourrai pas éternellement me protéger derrière de tels arguments, puisque j’ai un devoir de réparation, donc d’écoute et de satisfaction vers mes proches.

 

Y.., je te laisse de ma plume une pensée pleine d’espoir pour chacune et chacun, l’exploit pour moi étant de rendre un sourire heureux sur chaque visage proche

 

Ton père.

 

 

 

 

 

9  Jacques

 

Ma chère C., ma Biche,

Cela fait un petit moment que je ne t’ai pas écrit, aujourd’hui je ne te fais pas une simple carte comme d’habitude. J’espère qu’elle ne sera pas trop longue pour ne pas t’ennuyer, mais j’ai tellement de choses à te dire, tu sais plus de choses sur moi que j’en sais sur toi. Où vis-tu ? Que fais-tu ? Travailles-tu ? En tout, que deviens-tu ? Cela fait bientôt 4 ans que je suis sans nouvelles de toi et crois-moi (je ne t’ai jamais menti) pas un jour je n’ai cessé de penser à toi , tu es toujours présente dans mes pensées et dans mon cœur.

On m’a reproché de ne pas te demander pardon pour le mal que je t’ai fait, mais ne sachant pas si tu lisais et si tu souhaitais avoir de mes nouvelles, je ne t’écrivais que des petites cartes sur lesquelles il m’était difficile de tout te dire. Ce pardon, je te l’ai déjà demandé, et aujourd’hui sur cette lettre, (que tu ne recevras peut-être pas comme beaucoup d’autres que j’ai déchirées ne voulant pas t’embêter avec de grandes lettres) je te redemande pardon, ma Biche. C’est peut-être qu’un simple mot mais pour moi, il est sincère.
Tu sais par mon adresse que je suis maintenant à la M…. Je suis là depuis 8 mois.

Ma soeur vient toutes les semaines, le samedi en général, me voir, et j’ai aussi les visites de A et B toutes les semaines. Je leur écris et ils me répondent. Pour Mamie, lorsque j’étais à la maison d’arrêt, elle est venue me voir 3 ou 4 fois, mais depuis un an, elle ne peut plus venir car elle est trop fatiguée et le voyage jusqu’ici serait trop dur pour elle, elle a 75 ans et en plus, elle a la vue qui baisse, ça m’ennuie car je ne peux plus lui écrire mais ici je peux lui téléphoner alors je l’appelle tous les 15 jours). …

..Autrement pour moi ça peut aller, et comme je le mettais au début de ma lettre, je pense toujours à toi. Tous les matins je travaille de 7h 30 à 13h 30 et l’après-midi je fais quelques activités, maquettes et informatique. A la maquette, j’ai fait un beau cadre pour Mamie, et une boîte à bijoux pour B. Elle lui a bien plu.

Ma chère C., je vais te laisser pour aujourd’hui, si tu veux avoir plus de nouvelles écris-moi ou prends contact avec B. elle sera toujours prête pour te recevoir.
Ma Biche je t’embrasse très très fort. Avec tout mon amour

J. papa

 

 

10. Lucien

 

Bonjour T.

Cela va bientôt faire 9 ans que nous sommes séparés à cause de moi et je m’en veux crois-moi ma chérie, je n’arrive pas à me pardonner le mal que je t’ai fait. Si je te fais ce petit courrier aujourd’hui, c’est pour te dire combien je t’aime, que je regrette ce qui s’est passé, et que je te demande pardon.

Depuis ce 28 juillet19.., je n’ai cessé de te demander pardon, d’espérer avoir de tes nouvelles.

Je t’aime ma chérie, je ne viens pas te demander de me pardonner, mais seulement te demander au moins de me dire comment tu vas, ce que tu fais, si tu es mariée, si je suis grand-père ? Je vis très mal cette situation, tu es dans mon cœur, tu es ma fille et je t’aime, tu le sais ma chérie.

Tous les ans, à toi et à ton frère, je vous écris une carte pour votre anniversaire que je garde un an, que j’arrache ensuite et ça me fait très mal. J’en ai gardé une à chacun que j’ai déposée chez une personne de l’extérieur.

T…, ma chérie, si tu pouvais te souvenir que je suis ton père malgré tout, accepter mon pardon et me donner de tes nouvelles, tu m’ôterais une grande souffrance et ça me ferait tellement plaisir.

Tu n’as aucun reproche à te faire ma chérie, ni à te culpabiliser de quoi que ce soit, je suis totalement responsable et je voudrais réparer le mal que je t’ai fait. Je souhaite de tout cœur que ce courrier te trouve en forme physiquement et moralement.

Peut-être à bientôt te lire ma fille.

Je t’aime et je t’embrasse bien fort.

Donne le bonjour à maman, je lui demande également pardon. C’était une bonne épouse et une adorable maman.

Papa L.

 

 

11 Marcel

 

La fleur du pardon

Te demander pardon me demande une audace insoupçonnée, à tel point que j’en ai peur. Mais maintenant je l’ai décidé, je veux être vrai !

Longtemps, j’ai construit mes défenses, édifié des barrières de mensonges et des murs de silence, pour me cacher de moi et de toi. Mais je ne veux plus de ces artifices. J’accepte maintenant de perdre la face. J’accepte, devant toi, d’avoir été faible, petit. J’accepte d’être démuni. J’accepte que tu viennes me tendre la main et je voudrais voir s’ouvrir tes bras.
Je voudrais être médecin et soigner la blessure que je t’ai faite. Mais je n’en trouve pas le remède.
J’ai mal, du mal qui est le tien. J’ai voulu m’inventer un bonheur sans toi. J’ai voulu inventer un bonheur loin de toi. Maintenant je sais que tu comptes pour moi, plus que tu ne le croyais.
Je te demande pardon et je te crie : je t’aime, comme un père aime son enfant.

 

 

12  Nathan.

 

Y,

Tu vas peut-être trouver drôle de recevoir cette lettre de ma part, mais il fallait absolument que je le fasse. Ne crois pas que je fais ça pour rentrer en contact avec toi. Ce n’est pas ça, simplement pour te demander pardon pour ce que je t’ai fait subir. Je sais que tu en souffres encore et j’en suis vraiment désolé en ce moment je paye encore pour cette chose atroce et je n’ai que ce que je mérite. Si un jour, par hasard, nous étions amenés à nous rencontrer, n’aie pas peur, je ne chercherai pas à avoir un entretien avec toi, et je ne te veux aucun mal. En plus, tu n’auras plus aucun courrier de ma part.

J’espère que j’ai été assez clair. Ce n’est pas une galéjade.

 

 

13.  Pierre

 

C..,

Je dois sortir de prison avant la fin de l’année. Surtout, ne sois pas inquiète, je ne chercherai pas à te voir, sauf si toi, tu en as envie.

Je tiens à m’excuser pour le mal que je t’ai fait. Je peux t’assurer que ça ne se reproduira plus, ni avec toi, ni avec d’autres. Et si je suis en prison, ce n’est pas de ta faute, c’est seulement de la mienne. À cette époque-là, je buvais trop et je me sentais seul depuis la mort de ta mère.
J’espère que ça va bien pour toi.

 

 

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