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          CIDFF/BAV  du   CALVADOS

 

             bureau d’aide aux victimes

 

 

Violences conjugales

 

Prise en charge de victimes

Prise en charge d’auteurs

 

 

 

 

 

  


CIDFF

10 Rue Roger Aini – Résidence St Ursin

14100 LISIEUX

( 02 31 62 32 17 – Fax 02 31 62 60 79

cidfflisieux@wanadoo.f


DEFINITIONS DES VIOLENCES CONJUGALES

 

 

« Un processus au cours duquel un partenaire exerce à l’encontre de son conjoint, dans une relation privée et privilégiée (mariage, concubinage), des comportements agressifs, violents et destructeurs. »

 

Jean AUDET et Jean-François KATZ

 

 

Il ne s’agit pas d’une simple détérioration de l’entente du couple, mais d’une relation inégalitaire entre les partenaires. Ces violences à caractère récurrent sont toujours dirigées contre la même personne.

 

Dans le rapport HENRION de 2001

 

 

La violence conjugale est distincte de la dispute du couple ou de conflits sur des sujets touchant l’organisation familiale. Elle suppose un rapport de force, accompagné d’agressions physiques ou mentales, afin de faire céder l’autre, le plus souvent la femme.

 

Jean-Pierre VOUCHE

(in De l’emprise à la résilience -  2009)

 

 

Ces définitions révèlent que:

v la victime peut aussi bien être une femme qu’un homme, de même sexe ou de sexe différent de l’auteur des violences,

v les violences ont un caractère répété et cyclique.

v les violences peuvent se produire durant une relation, mais également lorsqu’il y a rupture, ou après la fin de la relation,

 

 

*         *

   *  

 

Le CIDFF du Calvados a mis en place en 1998 un groupe de parole destiné à des femmes victimes de violences conjugales. Le financement de ce groupe est assuré par la Délégation Régionale aux Droits des Femmes et à l’Egalité, la Caisse d’Allocations familiales, le Conseil Général et la Direction Départementale de la Cohésion Sociale.

Par la suite, la nécessité est apparue d’ouvrir également un groupe de responsabilisation pour les auteurs de violences. Ce document présente ici le résultat de ce travail tant auprès des victimes qu’auprès des auteurs, avec de nombreuses citations des participantes et des participants. Tous les prénoms ont été changés.

 

 


 

PREMIERE PARTIE

 

GROUPE DE PAROLE

DE FEMMES VICTIMES DE VIOLENCES CONJUGALES

 

 

1.     HISTORIQUE

Le 24 avril 1998, le CIDFF 14 a ouvert le « Lieu de paroles », répondant ainsi à une double demande :

·      Celle exprimée, auprès de nos services, par les femmes victimes de violences, auprès de nos services, d’avoir un lieu où elles puissent parler de leur souffrance et partager leur expérience annihilante en toute liberté et sans préjugés.

·      Et celle émanant des structures ouvertes au public (travailleurs sociaux, police, gendarmerie…) qui sont désarmées pour gérer ce type de situation.

 

Ce lieu favorise la verbalisation de leur ressenti en étant écoutées et entendues sans jugement.

Cet espace neutre constitue pour elle l’endroit de réflexion, de compréhension des mécanismes de violences, de prise de conscience de leur situation et de leur possible reconstruction.

 

 

2.     OBJECTIFS DE L’ACTION

 

2.1  Objectif général :

 

Il s’agit de mettre à la disposition de ces femmes un lieu d’écoute et une équipe de professionnels qui permettent de :

Ø  Se libérer du poids du traumatisme,

Ø  Briser l’isolement,

Ø  Sortir du statut de victime induit par l’agression continue.

 

En encourageant l’affirmation de soi et la création de liens significatifs

 

2.2  Objectifs opérationnels :

 

Ø  Verbaliser leur peur, leur souffrance, leur sentiment de culpabilité : « casser le tabou du silence »,

Ø  Identifier les séquelles des violences et les conséquences sur les relations avec l’entourage

Ø  Mesurer la vulnérabilité de chacune devant la manipulation et les relations de pouvoir et trouver les moyens pour progresser,

Ø  Explorer les sentiments concernant les violences et l’auteur,

Ø  S’exprimer sur l’image que chaque femme a d’elle-même, sur son estime de soi, sur son rôle social et sur les mécanismes de survie qu’elle a mis en place,

Ø  Prendre conscience des conséquences des violences sur la notion de vie de couple et sur l’image de l’homme, retrouver une image positive de l’homme et permettre un épanouissement de la vie amoureuse ultérieure (vie de couple),

Ø  Aider à prendre conscience

ð     Des enjeux éducatifs

ð     De la violence intergénérationnelle

ð     Des risques encourus par les enfants témoins de violences conjugales

ð     De la place de chacun au sein de la cellule familiale.

ð     Des violences subies et causées à l’enfant

ð     Des violences causées par l’enfant

 

Ce lieu de parole offre, entre autre aux mères de famille victimes de violences conjugales, la possibilité d’exprimer leurs craintes concernant la protection de leurs enfants : risques de violences à l’égard de leurs enfants, troubles et traumatismes psychologiques, peur du placement d’enfant.

 

 

2.3  Témoignage

 

« Je rencontrais toujours Nathalie au Centre des Femmes victimes de violence. En janvier, j'intégrai le Groupe de Parole que Nathalie menait avec Michel, psychologue et seul homme du Groupe. Je trouvai là une famille, de la chaleur, de l'écoute, toutes choses dont j'étais privée depuis des années. Ces femmes du Groupe étaient mes soeurs, nous nous serrions les coudes, les mains, les genoux, nous enfouissions nos têtes dans les poitrines et dans les bras, nous avions subi et accepté trop longtemps les mêmes violences. Les monstres étaient présents, ils planaient autour de nous, les poings, les insultes, la haine et la brutalité déployés en guise d'amour.

Lorsque Mady entra dans le groupe, le visage couvert de bleus, Zabeth et moi nous lui dîmes :

- Toi au moins, ça se voit.

On la croit, elle a aussi des photos. L'énorme hématome sur ma hanche ne fera pas le même effet : "Oui, oui... mais votre mari dit que vous êtes tombée."

Les coups portés au visage sont les plus crédibles, ils se voient. Mais beaucoup d'hommes se gardent bien de signer ainsi leurs violences. Ils évitent le visage.

Mady, boulangère, devait manger les gâteaux qu'elle n'avait pas vendus, elle grossissait. Elle s'efforçait de les manger car ceux qui restaient lui étaient écrasés sur le visage. Il lui était interdit de se rendre aux toilettes de sept heures le matin jusqu'à quatorze heures, pour des raisons d'hygiène avait décrété Monsieur. Elle n'avalait rien, ni ne buvait, pour pouvoir tenir. " Tolérance zéro !" hurlait-il à tous propos. Mady l'aimait, excusait tout. Quand il s'enferma avec la vendeuse dans le fournil, disant qu'il n'y pouvait rien car " il l'avait dans la peau ", Mady refusa d'accepter. Il l'a alors battue longtemps, et cette fois sans préserver le visage.

Je l'aimais, dit Mady, elle pleure. L'aime-t-elle encore ?

Il a voulu te tuer Mady ! Réveille-toi ! Ne l'écoute plus au téléphone te parler encore d'amour ! Il veut que tu retires ta plainte ! Mais il recommencera ! Raccroche ! Ne réponds plus !

Elle pleure. C'est vrai, dit-elle, il m'aurait tuée, je n'ai pas pu accepter, la vendeuse et lui, sous mes yeux, c'était trop. Sans l'adultère, Mady supporterait sans doute encore les gifles, les insultes et les gâteaux écrasés sur le visage. Raccroche ! Ne l'écoute plus ! Tu as bien maigri, tu redeviens jolie ! Mady, raccroche ! Antoinette ne dit rien pendant plusieurs séances, tord ses mains, est assise de guingois sur sa chaise, puis commence à parler, on ne l'arrête plus. Elle dit la brutalité, les coups, les copains de Monsieur qu'elle est obligée d'accepter, l'un d'eux ira jusqu'au viol, elle raconte. Antoinette est comme moi, inapte à partir. Zabeth recommence, hésite, elle tremble, a été battue pendant trente ans, se débat dans les cicatrices, ses enfants, ses enfants, quand on est ainsi détruite, tout est si difficile avec les enfants. Eux aussi ont subi. Son fils, son fils ne veut plus la regarder. Lui écrire une lettre, nous sommes toutes d'accord, oui une lettre, nous racontons la lettre, oui dis-lui que tu l'aimes, c'est tout. Mona, la belle et douce, et "le problème d'alcool de Monsieur". C'est de ta faute, Mona, a dit la mère de Monsieur, tu n'as pas su l'aimer. Elle a raison peut-être dit Mona, je n'ai pas su l'aimer. Nous crions toutes, nous crions : C'est un pervers, en plus il boit, il a cassé des choses dans ta tête, il t'a humiliée au-delà de tout, tu as tout fait pour le sauver, pour sauver ton couple et les enfants ; mes enfants, mes enfants répètes-tu, Mona tu ne pouvais pas faire plus, tu serais morte, Mona tu sais bien. Mona est fatiguée, les enfants, le travail, lui se pavane dans des belles voitures, toujours beau, impeccable, qui pourrait croire ? Il a tout et je n'ai rien, c'est vrai Mona, c'est pareil pour moi. Les larmes ; la boîte de mouchoirs en papier circule. Laure, le beau couple, la jolie famille dans son cadre, tout le monde sourit sur la photo, tous paraissent heureux ; préserver, préserver à tout prix la belle image, on souffre, on ne dit rien, on supporte. Un jour on ne peut plus, Laure en chemise de nuit sur le palier, les cris, la police, les enfants à protéger, le beau cadre est brisé au sol, piétinée la belle image, pardon, pardon, Maman n'en pouvait plus.

Toutes, nous nous regardons. Prendre soin de soi dit Nathalie. Se poser devant la glace, se regarder, faire le tour des dégâts : la peau, les cheveux, les ongles, les vêtements, le coeur, l'âme. L'estime de soi qu'il ne faut jamais perdre.

Je retire enfin mes bottes de jardin. " Viens, on t'emmène regarder les chaussures, si, si, des chaussures !" Il faut se réhabituer à marcher avec des chaussures. Et une jupe aussi, mon Dieu une jupe, depuis tant d'années !

Nathalie, au prochain Groupe, remarquera aussitôt la jupe et les chaussures.

- C'est bien, ça vous va bien, dira-t-elle simplement ».

 

Ce texte (extrait du blog "cris dans un jardin" chapitre 13) écrit par l’une des participantes donne une idée du fonctionnement et du climat du groupe de parole. Pour présenter plus en détails son fonctionnement il a été fait appel également au témoignage et aux commentaires de quelques « anciennes » qui ont quitté le groupe depuis plusieurs années et qui ont accepté de se retrouver pour échanger sur ce que le groupe leur avait apporté.

 

 

3      LE FONCTIONNEMENT DU GROUPE

 

3.1  Un groupe ouvert

 

Depuis sa création, l’animation de ce groupe de parole est assurée par Nathalie PERRINGÉRARD, juriste victimologue et directrice du CIDFF 14, et Michel SUARD, psychologue. Ce groupe existe depuis avril 1998. Il a accueilli à ce jour 81 femmes. Il s’agit d’un groupe « semi-ouvert » : les participantes nouvelles sont accueillies dans un groupe déjà constitué, quand des places se sont libérées (10 personnes maximum); elles s’engagent à participer à 12 séances minimum (c’est-à-dire pendant 6 mois puisque les séances sont bi-mensuelles). Mais certaines femmes sont restées jusqu’à 2 ans dans le groupe. Ce type de fonctionnement implique l’absence de programme pré-établi pour chaque séance. Les sujets abordés émanent des membres du groupe, en fonction de l’actualité de telle ou telle (actualité du couple, actualité d’une procédure engagée, actualité des relations avec les enfants…), ou du besoin de telle ou telle, parce qu’elle est alors en mesure d’en parler, de faire un lien entre les violences actuelles et d’anciennes situations de violence subies dans le passé ou dans l’enfance. Par ailleurs, la présence dans le groupe de personnes plus ou moins « anciennes » et d’autres plus ou moins « nouvelles » permet  aux membres du groupe d’être les acteurs de l’intégration des nouvelles, de leur expliquer le fonctionnement du groupe. Les plus anciennes peuvent faire découvrir aux nouvelles le chemin qu’elles vont parcourir (et ce sont les anciennes qui vont chercher les Kleenex pour la nouvelle qui s’effondre en racontant ce qu’elle  subit), en même temps qu’elles constatent elles-mêmes le chemin qu’elles ont déjà parcouru. Chaque entrée d’un nouveau membre donne lieu à une présentation de chacune, ce qui constitue une évaluation partielle, puisque c’est l’occasion pour chacune de faire le point sur ce que le groupe lui a apporté.

 

 

3.2  L’entretien préalable 

 

Il prépare et favorise l’entrée de la femme dans le groupe. Cet entretien permet d’évaluer la situation et de donner les règles de fonctionnement.

Cette rencontre est, selon les participantes, primordiale. Elle est le fondement même de la prise de conscience des violences subies, mais surtout le point de départ d’une relation de confiance avec les professionnels.

Au cours de cet entretien sont déterminés :

Ø  le type de violences subies,

Ø   la présence ou l’absence de conscience de l’existence des violences subies, (ainsi en groupe cette problématique pourra être abordée par les paires)

Ø  les capacités à pouvoir en parler,

Ø  l’existence d’un réseau de soutien,

Ø  l’attribution de la responsabilité

Le besoin essentiel des femmes lors de ce premier entretien est d’être rassurée tant par le fonctionnement du groupe que par la déontologie du professionnel. Cette pratique mise en place en 1999 est maintenue.

 

 

3.3  Les modalités concrètes

 

Jour de la semaine : le vendredi après-midi tous les quinze jours.

L’après-midi est un moment privilégié pour les femmes. Elles sont libérées de leurs obligations parentales et ménagères. Par ailleurs, le mari ou le concubin ayant une activité professionnelle ou non est moins suspicieux de voir leur épouse ou compagne s’absenter l’après-midi. Les femmes qui ont un emploi s’arrangent pour trouver un accord avec leur employeur.

 

Horaires et durée : 14h00 à 16h00

Cet horaire permet aux mères de famille d’accompagner leurs enfants à l’école et d’être à l’heure pour les récupérer à la sortie. La durée du groupe est de 2 heures. En réalité, en raison des thèmes abordés, de la charge émotionnelle et du nombre important de participantes, la réunion dure souvent 2h30.

 

 

3.4  Le « règlement » du groupe

 

Il s’agit d’un « contrat de participation » qui se fonde sur le respect de la parole comme du silence de chaque participante. Ceci implique une écoute attentive des autres et une absence totale de jugement ou de réaction violente.

Chaque participante s’engage à :

CRespecter de manière absolue la confidentialité des échanges,

CNe pas communiquer à l’extérieur d’informations sur les autres participantes,

CVenir régulièrement pendant au minimum 12 séances,

CEtre présente à l’heure convenue,

CVenir seule pour participer aux séances,

CPrévenir les animateurs en cas d’absences,

CInformer le groupe (participantes et animateurs) de l’intention de mettre fin à la participation au groupe.

 

Certaines séances pourront être enregistrées sur bande vidéo à des fins de perfectionnement. Les animateurs s’engagent à respecter la confidentialité et l’anonymat des participantes et à ne faire aucune diffusion publique.

 

Ce lieu est ouvert à toutes les femmes quel que soit

Ä leur âge,

Ä leur situation sociale et professionnelle

 

La gratuité et la confidentialité sont de règle.

 

 

3.5  L’arrivée dans le groupe

 

On notera tout d’abord que très peu de femmes se présentent au CIDFF14 avec une demande de participer à un groupe de parole, bien que l’information ait circulé dans la presse. C’est donc le plus souvent lors d’entretiens individuels pour aborder un problème de violence conjugale que la proposition est faite d’entrer dans un groupe. Cette offre est parfois refusée, et quand elle est acceptée, c’est toujours avec une certaine réticence, et avec la crainte d’avoir à parler de problèmes très personnels devant d’autres personnes.

 

Certaines participantes entrent dans le groupe aussitôt après avoir déposé une plainte à la police, quitté leur conjoint, et consulté le CIDFF 14. Dans ce cas, elles viennent pour trouver du soutien face à toutes les démarches qui les attendent.

 

D’autres connaissent la violence depuis un temps plus ou moins long (entre une récente scène violente et 30 années de violence..), vivent toujours en couple et se posent la question de la séparation ou du maintien du couple. Le groupe est là pour les aider à analyser leur situation afin qu’elles prennent elles-mêmes la décision qui leur convient : rupture du couple ou bien aménagement de la relation. La majorité de ces femmes décide finalement de se séparer. Et il appartient aux animateurs d’être vigilants dans la conduite du groupe pour ne pas donner l’impression que la règle du groupe est la séparation des couples, et pour que celles qui décident de rester en couple trouvent dans le groupe les ressources dont elles ont besoin, sans que celles qui divorcent cherchent à imposer leur choix.

 

La réflexion sur le maintien possible de sentiments amoureux pour le conjoint violent chez celles qui restent en couple, comme chez celles qui sont séparées, tient une place non négligeable dans les échanges du groupe.

 

Pour celles qui se sont engagées dans un divorce, à côté de l’éventuelle action en correctionnelle pour les violences subies, la lenteur et la longueur de la procédure judiciaire expliquent les longues durées de participation au groupe, dans la mesure où ces femmes éprouvent le besoin d’un soutien, différent de celui apporté par l’avocat, surtout si le jugement de divorce se prolonge d’un appel. De plus, aussitôt après une décision judiciaire qui peut être vécue comme une libération, il n’est pas rare que l’arrêt de la lutte entraîne une période plus ou moins dépressive pour laquelle le soutien du groupe est aussi une nécessité.

 

De même, après une décision de séparation, après le départ du conjoint ou l’entrée dans un nouveau logement, le sentiment de satisfaction et de liberté n’exclut pas la souffrance de la solitude. Et, s’il n’est pas rare d’entendre des phrases du genre : « plus question de se remettre avec un homme, ils sont tous les mêmes », l’expérience de telle ou telle femme du groupe qui a fait une nouvelle expérience avec un autre homme, les amène à se poser la question de leur devenir affectif et sentimental, à réfléchir au « besoin d’une épaule où poser ma tête ». Mais, « grâce au groupe, nos sens ont été mis en alerte… on repère vite les signaux d’alarme… » Et lorsque la nouvelle relation n’aboutit pas, elle n’est pas vécue comme un échec, mais comme une expérience « Je suis fière d’avoir pu lui dire Non, de lui donner mes raisons, sans aucune culpabilité. J’ai fait un choix libre, pour moi, c’est une victoire »

 

Parler de soi dans un groupe n’est pas toujours facile. Estelle, membre du groupe, a écrit ce qu’elle a vécu, et qu’elle n’avait pas pu dire dans le groupe.  « Si j’ai écrit ça, c’est pour vider le sac poubelle que j’ai au fond de moi. Nathalie et Michel, grâce à vous je peux comme « me nettoyer à l’intérieur » et même si mes mots ne savent pas toujours s’exprimer, c’est par mon vécu que je peux vous aider aussi à défendre la cause des autres qui n’osent pas encore parler. Car peut-être que si je n’arrive pas à m’exprimer par la voix, mes écrits le remplaceront. C’est à trois heures du matin, dans mes toilettes, que je peux écrire. Pourquoi ? C’est plus facile de salir une feuille blanche que de parler de vive voix pour se sentir encore plus sale ».

 

 

3.6  La sortie du groupe

 

Parmi les 30% de femmes qui n’ont participé qu’à une ou deux séances, certaines n’ont pas donné suite du fait d’une embauche attendue. D’autres ont pu exprimer lors d’un  suivi individuel au CIDFF 14 qu’elles n’avaient pas pu entrer dans le cercle perçu comme très fermé des membres du groupe. Enfin celles, qui ne sont pas revenues sans donner d’explication, ont sans doute eu aussi des difficultés à intégrer un groupe, alors que l’accueil des nouvelles par les anciennes est toujours extrêmement chaleureux, convivial et le plus souvent libérateur de la parole et de l’émotion. Mais on peut comprendre que certaines femmes ne soient pas prêtes à partager leurs souffrances.

 

Pour celles qui s’intègrent au groupe et qui expriment leur satisfaction de se sentir écoutées et comprises par d’autres femmes qui ont vécu elles aussi des violences, la participation peut devenir un besoin, voire un réel plaisir. L’humour prend d’ailleurs alors une place non négligeable dans le déroulement des séances. La sortie du groupe intervient soit par nécessité : nouveau travail, déménagement, soit parce qu’une réorganisation de la vie personnelle le permet : aménagement des relations du couple, ou au contraire, nouveau conjoint ou obtention du divorce. Mais il est toujours conseillé aux femmes qui viennent de divorcer ou de se séparer de rester encore quelque temps dans le groupe afin de tenir compte du risque dépressif lorsqu’il n’y a plus à lutter.

 

De plus, tout n’est pas toujours terminé avec le jugement de divorce, lorsque les droits de visite et d’hébergement des enfants, la pension alimentaire ou le partage des biens sont encore l’occasion de conflits et de harcèlement.

 

Certaines femmes restent très longtemps (plus d’un an) parce que, par exemple, après s’être résolues à la séparation, il a fallu trouver un logement, déménager quelques meubles, mettre en route la procédure, rechercher des témoignages, attendre le jugement, puis la procédure d’appel qui réactive les angoisses. Ces « anciennes » viennent pour elles-mêmes, parce qu’elles ont encore besoin d’aide sur le plan personnel, psychologique, social ou juridique, mais elles se veulent alors aussi aidantes pour les autres, en les faisant profiter de leur expérience. Il importe alors à veiller à ce que ce soutien des anciennes vers les nouvelles n’entraîne pas des relations « dominant-dominé » qui risqueraient de reproduire ce que ces femmes ont vécu dans leur couple.

 

La vigilance est également nécessaire face au risque de dépendance au groupe, et aux animateurs, ce qui amène parfois à préparer telle ou telle à quitter le groupe dans un délai raisonnable lorsque l’intervention n’est plus nécessaire.

 

Mais, des relations amicales se sont tissées en dehors du groupe entre certaines qui se retrouvent pour des repas, des sorties, des échanges téléphoniques plus ou moins fréquents. Ces rencontres extérieures se sont révélées un complément très positif au travail réalisé pendant les séances. Elles brisent leur isolement. Et ce réseau relationnel est aussi la concrétisation du soutien mutuel que peuvent s’apporter ces femmes unies par une problématique commune.

 

« La décision vient de nous. On n’a pas eu le sentiment d’être mise dehors. Vous nous donnez simplement le tempo.

Au bout d’un moment, on n’est plus au même stade. Le discours des autres est trop plein d’émotions et donc ça aide à partir. On a évolué, on a avancé et on est passé à autre chose.

Ce qui manque c’est le côté « cocon protégé, nid »

Avec le temps, il n’y a plus de manque, on a franchi une autre étape ».

 

 

3.7  Commentaires à propos de l’absence de « programme »

 

 « On ne peut pas établir un programme du type : aujourd’hui on va parler de… parce que j’aurai autre chose de plus profond à sortir… C’est en fonction de l’état d’âme de l’une ou de l’autre, et d’où elle en est dans son histoire…  Pas de thème cela laisse de la liberté. Sinon la parole n’aurait pas été aussi libre.

 

J’étais là pour raconter mes problèmes, j’ai bien vu que j’ai évolué, mais je n’ai pas eu la notion d’un travail. Il n’y avait pas de thème à chaque séance, mais on sentait qu’il y avait un suivi : vous reveniez toujours sur des choses évoquées à la séance précédente ».

 

S’il n’y a pas de « programme » pré-établi, et si l’objectif n’est pas de donner des conseils, (« Vous nous guidez, mais on peut aller où notre chemin nous mène. Vous nous tendez des perches, pour que la réflexion vienne de nous. On a une entière liberté, on fait notre travail nous-mêmes ») l’évolution des situations individuelles de chacune, présentées au cours de la séance, peut amener à « prescrire » une tâche individualisée à telle ou telle : écrire son ressenti, faire un brouillon de lettre à sa mère, reprendre contact avec son fils qui s’éloigne, demander des attestations en vue de l’audience de divorce, faire coucher son enfant ailleurs que dans le lit de la mère…), tâches qui donnent lieu à un « retour » à la séance suivante, moins sur la réalisation elle-même que sur les difficultés de sa faisabilité.

 

 

3.8  Commentaires sur l’animation par une femme et par un homme

 

 « J’ai été choquée à la première séance. Je ne m’y attendais pas. Michel me faisait peur, ou plutôt l’image de l’homme. C’est mon corps qui avait peur parce que j’avais encore trop de souvenirs physiques négatifs. Mais ça s’est estompé très rapidement. Et ça a permis d’avoir une image différente de l’image qu’on a habituellement de l’homme. En fait, c’est très positif, parce que vous formez un duo très complémentaire : vous aviez parfois des avis différents. Et on a appris qu’on peut avoir des opinions différentes, avoir le respect de l’opinion de l’autre tout en étant dans la même direction. Et d’ailleurs, quand l’un de vous deux manquait, on n’aimait pas. Il manquait quelqu’un.

Vous êtes très différents tous les deux : C’est Nathalie qui mène le groupe, et qui est parfois provocatrice. Et Michel intervient en arrière, en prenant du recul par rapport aux choses.  Le fait qu’il a un  regard différent sur les auteurs, parce qu’il a entendu des auteurs, ça nous a aidés. Non pas pour les excuser, mais pour accepter que l’autre peut avoir des problèmes. Ça permet de se dire que ce n’est pas nous qui avons des problèmes… Ca m’a permis de me déculpabiliser de me rendre compte qu’il n’était pas un Dieu, qu’il n’était pas parfait, mais qu’il avait aussi des soucis, des problèmes en dehors de moi, et en particulier avec sa mère…

C’est vrai que parfois, je n’aimais pas que le psychologue trouve des excuses aux auteurs de violence. Mais c’est important qu’il soit là, sinon on resterait là entre nous à casser du sucre sur le même personnage

C’était bien de pouvoir être écoutées par un homme, et en plus qui ne répliquait pas ! …, un homme qui parlait normalement, et qui mettait le doigt sur des choses qu’entre femmes on n’aurait peut-être pas abordées ». 

 

La présence d’un homme dans le groupe a bien pour fonction première d’aider ces femmes à réhabiliter l’image de l’homme. De plus, nous n’avons jamais exclu la possibilité (mais qui ne s’est pas réalisée à ce jour) d’accepter dans le groupe des hommes qui seraient victimes de violences conjugales. Et si cela se produisait, la présence d’un animateur homme serait d’autant plus nécessaire.

 

 

3.9  Statistiques de participation

 

La participation au groupe de parole est proposée lors des entretiens individuels assurés par les permanents du CIDFF 14.

Après 12 années d’activité, le groupe s’est réuni 320 fois (soit 25 fois par an).

Ø24 personnes, soit 30%, ne sont restées dans le groupe qu’une ou deux séances.

Ø31 personnes (38%) ont participé au groupe entre un et six mois, soit 3 à 12 séances

ØLes 26 autres ont prolongé leur participation au-delà des 6 mois proposés au départ, la moitié entre 6 mois et 2 ans, l’autre moitié, plus de 2 ans.

Le nombre de participantes à chaque séance varie entre 3 et 8 personnes.

Les entrées et les sorties du groupe sont nécessairement irrégulières. Toute fois, le renouvellement annuel de l’effectif des participantes s’établit autour de 5 entrées et 5 sorties.

 

 

3.10 Commentaires sur l’intérêt du groupe

 

« C’est quand même extraordinaire ce qu’on a vécu dans le groupe…
  Je ne pouvais parler de tout ça que dans un groupe…

Où peut-on être aussi bien entendue qu’avec d’autres femmes qui vivent plus ou moins la même chose ?…

Ca m’a permis de voir que d’autres femmes très bien vivaient la même chose, que les violences, c’est pas seulement dans les milieux défavorisés.

Les femmes du groupe sont de niveau social très différent …

Ca m’a aidé à sortir de la honte….

On a appris à parler à la première personne et à ne plus parler sans cesse de lui !

 On est des sœurs ; ça crée des liens. On a créé des amitiés en dehors du groupe, un réseau de relations, où on partage la même façon de penser, parce qu’on a besoin de parler.

Voir la violence chez les autres, ça nous permet de découvrir celle qu’on a subie. On a pu accepter que ce qu’on a subi, c’est bien de la violence»

On n’a pas besoin d’expliquer pour que l’autre comprenne. On accepte la remarque de l’autre sans être vexée en toute confiance.

Il y a un grand respect mutuel

Même si on est différente, même si on a vécu des choses différentes, il y a des similitudes dans les situations. On peut transposer, ça fait effet miroir ».

 

 


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