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article paru en février 2014 dans « Enfants de partout », revue du BICE (Bureau International Catholique de l’Enfance)

Enfant, Tim Guénard a vécu la maltraitance, l’abandon, la rue, la délinquance. Grâce aux personnes bienveillantes qu’il a croisées sur sa route, il a réussi à se reconstruire. Son témoignage de résilience donne de l’espoir à tous ceux qui se battent pour les enfants dont les droits sont bafoués.

On appelle rési­lience la capa­cité de l’enfant à se développer, même à travers de graves diffi­cultés, et de mener une vie épa­nouie, non pas dans l’oubli de ce qui est arrivé, mais à partir d’une mémoire apaisée des faits. L’apti­tude à la résilience se manifeste de façon très variée et elle est souvent stimulée par une rencontre, celle d’une personne de confiance.

L’histoire de Tim Guénard est un formidable exemple de résilience. Abandonné très jeune par sa mère, il est confié à un père alcoolique qui le frappe au point de l’envoyer 3 ans à l’hôpital. Déchu de ses droits pater­nels, son père ne viendra jamais le voir. Le jeune Tim se construit alors dans la haine et la violence, connaît la rue, la délinquance. Aujourd’hui marié et père de quatre enfants. Tim Guénard s’occupe de personnes qui ont connu la détresse comme lui. Plus fort que la haine*, son autobiographie, est devenu un best-seller. Partout où on le demande, Tim Guénard témoigne de son parcours pour donner de l’espoir à ceux qui souffrent. Enfants de partout l’a écouté lors de la Journée de prière et d’action du 24 novembre. Morceaux choisis :

La haine comme premier réflexe

Quand j’étais à l’hôpital, les infir­mières se demandaient d’où me venait ma volonté de remarcher. Mon secret, c’était la haine. Je me disais, je remarcherai et j’irai frap­per mon père. En fait, j’avais grandi. Car quand on est petit, on gomme les taches de ceux qu’on aime. Quand on grandit, on perd la gomme et on se dit, je ne pardonnerai pas, je n’oublie­rai pas. Moi j’ai fait partie des gens rancuniers, j’ai vécu avec mon rêve de frapper mon père.

Devenir soi-même

Certains prétendent qu’un enfant battu battra ses enfants, qu’un en­fant d’alcoolique deviendra alcoo­lique, qu’un enfant violé deviendra violeur. Alors j’ai eu peur d’être une reproduction de mon père. Mais un jour, on m’a parlé de l’ADN qui est différent pour chacun d’entre nous. Je me suis dit " si je suis unique, je pourrai contrarier le destin. Je ne serai pas alcoolique, je ne serais pas violent."

Les beaux regards

Si j’ai la chance d’être heureux avec ma femme et mes 4 enfants, c’est parce que je suis vivant, et si je suis vivant, c’est grâce à ceux qui ont posé de beaux regards sur moi. Si vous n’avez pas d’argent, ce n’est pas grave, si vous n’avez pas de solution devant la souffrance, ce n’est pas grave, ce qui est important, c’est le regard que vous portez sur l’autre. Il faut se mettre à la hauteur des gens qui souffrent. Asseyez-vous à côté d’eux, écoutez-les comme Monsieur Léon m’a écouté quand j’étais à larue. On disait de lui que c’était une cloche, un clochard. Pourtant c’est grâce à lui que j’ai appris à lire.

Il y a eu aussi le beau regard de cette femme juge, la première qui a su me regarder moi plutôt que mon dos­sier. Ses yeux étaient humides, émus par mon histoire. Elle n’était pas croyante, mais cette juge m’a consi­déré, elle a accepté de rencontrer ma différence, de dire bonjour à ma différence. Je ne l’ai jamais oubliée, c’est elle qui m’a donné ma chance en me donnant un métier : sculpteur de pierre.

Les caresses de Dieu

Il y a également eu un prêtre sur mon chemin. Les gens lui disaient que j’étais un mauvais garçon, mais il n’entendait pas. Un croyant pour moi, c’est quelqu’un qui sait faire briller celui qui ne brille pas, rendre moins con celui qui est con. Grâce à ce prêtre, j’ai arrêté de voler pendant un an, puis j’ai replongé. Alors je suis allé le voir. Je pensais qu’il allait me chasser, mais il m’a pris la main et il m’a dit "ce n’est pas grave". Je me suis dit que si un homme était capable de me pardonner comme ça, alors Dieu m’avait tout pardonné. J’ai eu la tentation de voler depuis, mais je ne l’ai plus jamais fait. Grâce à toutes les caresses de Dieu sur mon chemin, j’ai quitté l’autoroute de la violence.

Les supporters

Il m’arrive de rencontrer des enfants qui me disent " pourquoi veux-tu que je me batte ? A quoi ça sert de vivre ? " L’autre jour, c’était un enfant de 9 ans qui pensait au suicide. Je ne sais pas toujours que dire à ces en­fants, mais je leur dis bonjour, pour leur montrer qu’ils sont importants. Je leur explique que si leurs parents sont parfois pénibles, ils le sont parce qu’ils les aiment. Quand on n’a pas de famille, on n’a pas de sup­porters. Or on a besoin de suppor­ters pour qui se battre. C’est pour­quoi je dis merci à ceux qui sont les supporters des enfants malheureux. Vous n’imaginez pas le nombre de gens qui attendent un "je t’aime " ou un " je suis fier de toi ".

L’apprentissage du pardon

Un jour, j’ai été capable de pardon­ner à mon père. Mais mon pardon l’a renvoyé à son passé, à ce qu’il avait fait, et la honte qu’il a ressentie nous a empêchés de nous retrouver. Il n’y a pas de magie dans le pardon. Il faut laisser à celui à qui on pardonne le temps de digérer. Je me suis mis à lui envoyer des cartes postales où je lui parlais des belles choses du présent. Au moment où j’allais arrêter de lui écrire, j’ai enfin reçu un signe de lui. Les instants présents étaient deve­nus plus forts que les instants passés. Il avait pu se pardonner à lui-même, et même arrêter l’alcool. Il ne s’agit pas d’oublier, mais de savoir vivre avec le passé.

La mémoire réconciliée

La vie, c’est comme un voyage en montgolfière : pour aller plus haut, il faut savoir lâcher du poids. C’est comme ça qu’on peut devenir l’ami de sa mémoire. Beaucoup de gens souffrent parce qu’ils restent prison­niers de leur histoire. Notre histoire, elle a le droit d’aller aux archives où on peut aller de temps en temps pour voir ce qu’on a vécu de bien et de mal. Pour y arriver, à devenir l’ami de son histoire, il faut vivre le processus du pardon, et donc la spi­ritualité qui va avec. C’est pourquoi j’aime la spiritualité, elle n’engage pas les gens dans des couloirs.

Le bonheur en exemple

Je n’aurais jamais pu changer de vie si je n’avais pas fait de belles rencontres. Ces rencontres n’ont pas changé ma vie, elles l’ont éclairée. Elles ont mis de la lumière dans le noir. On ne peut pas forcer ce genre de rencontres qui mènent à la rési­lience, mais on peut donner envie de rencontres. Quand je vois des enfants qui souffrent, je leur montre que je suis heureux. Pourquoi vou­driez-vous cacher le beau puisque l’homme est fait pour avoir envie de beauté. Il ne faut pas cacher aux gens qu’on est heureux. On est plein de fausse charité. A vouloir être trop délicat, on prive les autres. Or pour aller mieux, il faut se mettre à l’ombre de ceux qui vont bien. »

* Plus fort que la haine, Poche, 2000.

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Published by suardatfs - dans maltraitance