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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 12:11

Nous avons publié un certain nombre de textes sur la récidive ou plutôt sur la non-récidive (cf pages 16, 17 et 18 de notre blog – rubrique « récidive »), sur la loi introduisant l’inceste dans le code pénal (cf pages 4, 26, 27, 28, 29 rubrique « inceste »), sur la justice restauratrice (cf pages 32, 33 rubrique « justice »).

 

En  ce début de nouvelle année, nous souhaitons que les annonces faites par notre Garde des Sceaux prennent corps. Nous souhaitons que la conférence de consensus sur la récidive qu’elle a initiée aboutisse à un véritable arrêt de la surpopulation des prisons, avec une réflexion nouvelle sur le sens de la peine, pour que les sanctions, évidemment nécessaires, ne se limitent pas à une exclusion de la société, fondée sur la peur de la récidive, mais permettent réellement à la communauté de se sentir partie prenante de la réinsertion des délinquants (cf la proposition de « contrainte pénale communautaire » de P.V. Tournier présentée page 35 dans la rubrique justice). Cette conférence de consensus qui doit conclure ses travaux en février ne concernera que les personnes condamnées pour des délits. Les crimes sexuels, que nous avons souvent évoqués dans nos rubriques, ne seront certes pas concernés et nous souhaitons qu’un jour, on se pose vraiment la question de la spécificité des crimes sexuels intrafamiliaux qui récidivent beaucoup moins que les crimes extrafamiliaux (pédophilie), et pour lesquels des mesures différenciées devraient être étudiées.

Nous souhaitons également que la loi de février 2010 introduisant le terme « inceste » dans le code pénal soit complètement abrogée puisque seul un article de cette loi a été retoqué par le Conseil Constitutionnel (cf page 29 – rubrique « inceste »)

 

Mme Taubira, Garde des Sceaux, a parlé cette année de son intérêt pour la justice restauratrice. Nous souhaitons que cette nouvelle année permette un développement de cette approche novatrice de la justice. Mais cela nécessitera certainement l’abrogation de la loi de mars 2010 qui, dans son article 3, interdit systématiquement les contacts entre auteurs et victimes d’agressions sexuelles comme nous l’avons vivement regretté dans l’article « pénalisation de l’inceste »page 26 rubrique inceste, puisque cela condamnait le travail que nous avons réalisé pendant 12 ans en prison qui a permis à des victimes de sentir réparées par des entretiens avec leur ancien agresseur. (cf tous nos articles de la rubrique « inceste »). L’Association Nationale pour la Justice Réparatrice (www.anjr.fr) cherche depuis peu à promouvoir des médiations directes entre auteurs et victimes d’infractions. Cela ne sera possible que si la loi n’interdit pas de telles rencontres, médiatisées ou non.  

 

Et nous souhaitons que ces évolutions nécessaires ne soient pas empêchées par la « crise ». D’ailleurs, s’agit-il bien d’une crise ? La durée de cette crise n’en fait-elle pas un état chronique ? Mais peut-être en fait sommes-nous aux prémisses d’une véritable révolution. Une révolution qui remettrait l’homme au centre des valeurs, à la place de l’argent et du profit, pour que le mot « valeur » perde son sens économique et financier, et qu’il évoque d’abord le respect de la dignité humaine. Mais on voit bien que ça résiste du côté de ceux qui vénèrent d’abord le profit !

 

Et dans ce sens, nous souhaitons que se développent les recherches sur la psychologie positive (cf le site de Jacques Lecomte www.psychologie-positive.net), afin de mettre l’accent moins sur les manques et les défaillances qui provoquent la peur, l’exclusion et la violence (cf page 1 rubrique « maltraitance ») que sur les ressources psychologiques des personnes qui entretiennent l’espoir (cf page 9 dans la rubrique « compétences parentales »).

 

Merci à vous qui suivez nos parutions. Nous vous souhaitons à tous une année aussi bonne et heureuse que possible, une année de paix, aussi éloignée que possible des violences de toutes sortes … qui sont pourtant au centre de tous nos articles !

 

Pour l’ATFS, Michel Suard, président

 

 

 

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 16:51


 

Lors d’un colloque organisé au Centre des Congrès de Bagnoles de l’Orne en 2005 par l’Ecole des Parents et des Educateurs de Flers de l’Orne et par l’Association de Sauvegarde de l’Enfance de l’Orne,et dont le thème était « Tenir la distance, La régulation des pratiques éducatives, cliniques et sociales », Michel SUARD a été invité à parler de son expérience de supervision d’équipes. Comment aider les professionnels (éducateurs, soignants, enseignants…) à faire face à des situations professionnelles difficiles, stressantes ? Comment aider les professionnels à être « bientraitants » avec les usagers ? Comment aider l’ intervenant à être engagé à la fois dans une relation de proximité et « garder ses distances » ?

L’expérience de 20 années de supervisions d’une soixantaine d’équipes dans près de 40 institutions très différentes ( de la pédo-psychiatrie aux Maisons de retraite en passant par les collèges et les CHRS)) et qui a concerné plus de 460 professionnels est relatée dans cette communication.

 

A lire dans la nouvelle rubrique « Supervision » sous le titre « Tenir la distance », n°39.

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 18:04

Nous proposons ce mois-ci une ancienne communication (1993) de Michel Suard, alors président de l’association Echanger Autrement, de Caen (cette association de protection de l'enfance n’existe plus aujourd’hui), lors d’une journée d’études de l’AFIREM du Val d’Oise, à Pontoise. Cette communication porte sur l’attitude des intervenants confrontés aux situations de maltraitance. Elle fait référence à l’article déjà publié sur ce blog sous le titre « la peur et la violence dans les familles maltraitantes et chez les intervenants » au n°1 dans la rubrique maltraitance, et au film « le dévoilement de la maltraitance », n°11 dans la même rubrique.

 

Cette communication s’intitule « les intervenants et la peur de la violence ». Elle a été publiée dans les actes de cette journée par l’AFIREM (Association Française pour l’Information et la Recherche sur les Enfants Maltraités). Elle se trouve maintenant sur notre blog, dans la rubrique « maltraitance » sous le n°38.

 

Les choses ont encore beaucoup évolué depuis 1993 dans la prise en charge de ces situations difficiles émmtionnellement. Toutefois, l’idée que le premier intervenant, non professionnel, s’autorise à répondre à l’ « appel » émis par la famille, est encore loin d’être admise. 

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 16:40

Le grillon  Journal des détenus de CAEN

 

Nous avons retrouvé un article de presse de 1997 qui présente le travail qu’a fait Michel SUARD en prison auprès d’hommes condamnés pour avoir commis des crimes sexuels sur des enfants de leur famille, et qu’on nomme habituellement crimes incestueux.

 

Le contenu de cet article n’apporte rien de nouveau par rapport aux textes que nous avons  déjà publiés dans ce blog sur ce sujet. Ici, c’est la forme qui est originale et intéressante : le journal Le grillon dans lequel est paru cet article est un journal fait par les détenus eux-mêmes à l’intérieur du Centre Pénitentiaire. (En 1997, il s’appelait encore Centre de Détention). Et il se trouve que le rédacteur en chef de ce numéro, qui interviewe Michel SUARD, est précisément un homme condamné pour des relations sexuelles avec sa fille.

 

Cette interview est suivie d’un entretien entre ce rédacteur et un autre détenu qui a participé au groupe thérapeutique. Il est nommé « Patient » dans ce document. Il était déjà apparu sous le prénom d’Alain dans le compte-rendu d’une séance de groupe thérapeutique (sur ce blog, dans la rubrique inceste sous le n° 19  « Thérapie de groupe : une séance »). L’entretien entre ce détenu et l’auteur de l’article constitue un témoignage fort utile sur la motivation des participants au groupe, et sur la volonté de sortir d’une histoire personnelle fort enchevêtrée.

 

Le journal des détenus est adressé aussi aux autres établissements pénitentiaires. Et il est arrivé que deux détenus incarcérés dans une autre prison demandent à venir à Caen pour bénéficier d’un travail thérapeutique familial tel que présenté dans l’article.

 

Ce double article du journal Le grillon de 1997 se trouve intégralement dans la rubrique Inceste sous le n° 37, sous le titre : « Journal des détenus de CAEN – 1997 »

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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 13:13


 

Mme Michelle MARTIN, ex-compagne de J. DUTROUX vient de bénéficier d’une libération conditionnelle après 16 années d’emprisonnement. Elle est accueillie dans un couvent de Belgique.

 

Les médias belges et français se font largement l’écho, et de ce fait l’encouragent, de la haine des personnes qui manifestent contre cette libération.

 

Il est utile d’entendre d’autres voix, plus respectueuses du Droit et tout simplement de l’humanisme. Nous avons déjà présenté, en mai 2011, une communication du site belge « Yapaka », intitulée « A propos de l’affaire Dutroux » (dans notre rubrique Maltraitance).

 

Ce site « récidive » cette semaine dans sa lettre hebdomadaire : La lettre de Yapaka, et nous invite à une réflexion sereine et pacifiée. Lisez cet article intitulé « Place au silence », au n° 36 dans notre rubrique Justice.

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 20:34

Pierre-Victor TOURNIER est un démographe, criminologue, directeur de recherches au CNRS. Il s’intéresse particulièrement à tout ce qui concerne la justice, les prisons, la criminologie. Il publie chaque semaine une revue gratuite, ouverte à tous, et que l'on trouve en ligne sous le titre : « Arpenter le champ pénal ». Cette revue présente très régulièrement des données chiffrées sur la population pénale, par catégories de délits et de crimes, et sur l’état de la surpopulation dans les prisons. Il donne aussi de nombreuses informations sur les publications, colloques, études sur l’univers carcéral et sur la criminologie. Cette revue très ouverte à toutes les disciplines qui touchent de près au « champ pénal », il la nomme cependant « revue hebdomadaire indisciplinaire », en raison de sa grande liberté de parole et de réflexion.

 

Il a lancé récemment un appel à notre nouveau gouvernement pour changer la conception de la sanction pénale. Il demande, en s’inspirant des directives européennes, que la prison ne soit plus la peine principale pour sanctionner les délits, peine assortie de sanctions « alternatives à la prison », comme le sont par exemple les travaux d’intérêt général, mais que la prison ne soit que la peine ultime, lorsque d’autres types de sanctions, qu'il propose de regrouper sous le terme de "contrainte pénale communautaire" n’auront pas marché.

 

Cet appel a déjà été signé par un bon nombre de parlementaires, d’universitaires et chercheurs (sociologues, philosophes, anthropologues, criminologues), par des professionnels du travail social, de la sécurité, de la justice, du soin, et par des militants associatifs. Nous approuvons cet appel, et nous vous le proposons pour information, voire pour signature. Vous trouverez le texte de cet appel dans la rubrique « Justice », au n° 35, sous le titre « contrainte pénale communautaire ».

 

Notre prochaine publication est prévue pour le 1er septembre.

D'ici là, bonnes vacances à tous !

 

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 10:47

 Nous avons présenté en février une conférence de Jacques LECOMTE sur la Justice Restauratrice. Jacques LECOMTE, docteur en psychologie, enseignant à Paris-Ouest-Nanterre et à l’institut catholique de Paris, vient de publier un nouveau livre intitulé : La Bonté humaine, Altruisme, Empathie, Générosité (édité chez Odile Jacob).


Dans la première partie de cet ouvrage, il présente des situations, toutes émouvantes, où des hommes et des femmes ont fait preuve de générosité à travers le monde (les « justes » qui ont sauvé des juifs pendant la seconde guerre, les mouvements de solidarité lors des catastrophes…). Et dans une seconde partie, il démontre que beaucoup de certitudes sur la violence et l’égoïsme humains sont fondées sur des affirmations sans preuves. Il s’appuie sur des centaines de recherches en psychologie de l’enfant, en psychologie sociale, en neurobiologie, en économie expérimentale et en anthropologie.

 

Ce livre vient bouleverser nombre d’idées sur la nature violente et guerrière de l’être humain. Jacques LECOMTE se situe loin d’une vision naïve de l’homme. Il se définit à la fois comme réaliste et optimiste. C’est cette attitude « optiréaliste » qui anime son travail et ses recherches. Et si c’est une utopie, c’est une utopie bien réconfortante. Nous conseillons vivement de lire ce livre dont voici deux extraits.

 

Un extrait de la conclusion, tout d’abord :

 

« .. Au terme de notre voyage, la question qui se pose est donc la suivante : que faire de tout le savoir accumulé sur les potentialités humaines à la bonté pour améliorer la vie en société ? Ma réponse est la suivante : il est possible d’envisager une politique publique fondée sur l’otpiréalisme. Telle est ma profonde conviction, et tel est également le thème d’un prochain ouvrage, suite logique de celui-ci, et qui mêlera, comme la plupart de mes livres, expériences de vie et bilans de recherches scientifiques. Parmi d’autres, deux courants issus du monde universitaire proposent des pistes fondatrices pour une nouvelle vision sociale en harmonie avec l’optiréalisme : la psychologie positive et le convivialisme.

La psychologie positive est « l’étude des conditions et processus qui contribuent à l’épanouissement ou au fonctionnement optimal des individus, des groupes et des institutions ». Cette définition implique clairement qu’il ne s’agit pas d’une conception égocentrique, caractérisée par la quête quasi exclusive de l’épanouissement individuel. Elle concerne également les relations interpersonnelles et les questions sociales, voire politiques. Ainsi, un chercheur en psychologie positive peut tout aussi bien étudier le bien-être des élèves d’un collège, les bonnes relations au sein d’une équipe de travail ou encore une médiation lors d’un conflit international. S’intéresser à la psychologie positive ne consiste pas à se percevoir ou à observer le monde qui nous entoure d’une manière naïve, en laissant de côté les connaissances acquises sur la souffrance ou la violence humaines. Ce courant considère simplement qu’à côté des problèmes et dysfonctionnements individuels et collectifs s’exprime et se développe toute une vie riche de sens et de potentialités. Dans divers pays, des universités proposent des cours de psychologie positive. Dans le monde francophone, une dizaine d’ouvrages ont déjà été publiés, dont deux livres de référence, rassemblant les contributions de nombreux spécialistes internationaux. Une association et un site internet francophones existent également.

Le convivialisme est, quant à lui, un terme proposé par Alain Caillé, professeur émérite de sociologie à l’université de Paris-Ouest-Nanterre-La défense, fondateur et principal animateur du Mauss (Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales). Caillé propose un nouveau modèle de société caractérisé par la coopération et la solidarité plutôt que par la compétition. Selon lui, « les hommes ne sont pas des Homo oeconomicus par nature. Ils ne le deviennent que là et quand la seule voie d’accès à la reconnaissance est devenue l’enrichissement matériel » . Caillé propose deux fondements essentiels de la convivialité à venir :

- Le principe de commune humanité, c’est-à-dire l’affirmation de l’unité du genre humain, première par rapport à toutes les différences biologiques, culturelles, sociales, etc ;

- Le principe de commune socialité, selon lequel les sujets humains ne sont pas d’abord et pas seulement des individus, mais avant tout des êtres sociaux.

Les expériences humaines concrètes facilitant une vie sociale harmonieuse sont très nombreuses de par le monde. Certains aventuriers d’un genre nouveau ont d’ailleurs parcouru la planète pour nous rapporter ce qui se fait de meilleur… En ce qui concerne les recherches scientifiques, de nombreux travaux contemporains montrent que des valeurs et attitudes fondamentales telles que la confiance en l’autre, l’empathie, le respect, la coopération, etc., peuvent avoir un impact non seulement sur les relations interpersonnelles, mais plus largement sur la vie sociale. Elles peuvent influer sur des domaines de politique publique aussi divers que l’économie, la santé, l’éducation, la politique familiale, l’emploi, l’environnement, la justice et même les relations internationales. Bref, c’est en pariant sur ce qu’il y a de meilleur en l’être humain que ce meilleur peut se révéler. A titre d’exemples, voici quelques résultats, parmi de très nombreux autres : l’apprentissage coopératif est bien plus efficace que l’apprentissage compétitif, que ce soit en termes de résultats scolaires, d’ambiance dans la classe, de relations maître-élèves, etc. ; la justice restauratrice (basée sur des rencontres facilitant l’empathie de l’agresseur vis-à-vis de la victime) obtient des résultats meilleurs que la justice pénale traditionnelle, que ce soit en termes de satisfaction des victimes, de responsabilisation des délinquants ou encore de baisse de la récidive ; dans les relations internationales, la diplomatie reposant sur la négociation est bien plus efficace que la dissuasion (menace du « bâton »), pour réduire le risque de guerre.

Encore quelques années et l’optiréalisme sera peut-être une évidence pour la majorité de nos contemporains ; c’est du moins ce que j’espère de tout cœur ».

 

Et un extrait d’une annexe dans laquelle J. LECOMTE évoque les théories des sciences humaines du XXè siècle (psychanalyse, éthologie, économie, chercheurs en relations internationales) qui, au contraire, présentent l’être humain comme fondamentalement violent :

 

" L’être humain selon la psychanalyse : un meurtrier héréditaire.

 L’opinion de Freud a parfois varié sur certains aspects du fonctionnement humain, mais une constante se dégage sans ambiguïté de l’ensemble de son œuvre : son regard sur l’être humain a toujours été extrêmement négatif. Cela commence dès le jeune âge : « L’enfant est absolument égoïste, il ressent intensément ses besoins et aspire sans aucun égard à leur satisfaction, en particulier face à ses rivaux, les autres enfants. »

Cette attitude persiste à l’âge adulte : dans une lettre au pasteur Pfister, avec qui Freud a entretenu une longue correspondance, ce dernier écrit : « Je ne me casse pas beaucoup la tête au sujet du bien et du mal, mais, en moyenne, je n’ai découvert que fort peu de ‘bien’ chez les hommes. D’après ce que j’en sais, ils ne sont pour la plupart que de la racaille, qu’ils se réclament de l’éthique de telle ou telle doctrine – ou d’aucune. » Pour lui, l’agressivité est un « trait indestructible de la nature humaine ». Dès lors, la moralité adulte provient des exigences que la société impose aux pulsions individuelles.

C’est dans un petit livre publié en 1929 et intitulé Malaise dans la civilisation, que Freud développe le plus clairement l’idée selon laquelle nous ne parvenons à vivre en société que par la répression de nos instincts : « L’homme est… tenté de satisfaire son besoin d’agression aux dépens de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagements, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de me tuer. Homo homini lupus : qui aurait le courage, en face de tous les enseignements de la vie et de l’histoire, de s’inscrire en faux contre cet adage ?... Par suite de cette hostilité primaire qui dresse les hommes les uns contre les autres, la société civilisée est constamment menacée de ruine… La civilisation doit tout mettre en œuvre pour limiter l’agressivité humaine et pour en réduire les manifestations. » Nous héritons donc selon Freud de nos lointains ancêtres une tendance fondamentale à la violence. D’ailleurs, assure-t-il, l’interdiction « tu ne tueras point » est la preuve même que « nous descendons d’une série infiniment longue de générations de meurtriers qui, comme nous-mêmes peut-être, avaient la passion du meurtre dans le sang. »…

Si Jung a pris des distances envers Freud sur certains aspects de la théorie psychanalytique, il reste en accord avec lui concernant nos penchants violents, puisque « nous sommes en fonction de notre nature d’homme, des criminels en puissance. Le mal a son siège dans la nature humaine elle-même ».

De façon plus générale, la psychologie du XXème siècle a été essentiellement marquée par une perspective négative. Un article publié en 2000 constate qu’on trouve, dans les travaux de psychologie des trente dernières années, 46000 articles sur la dépression, contre 400 seulement sur la joie."

 

 

Lecomte J. (2009) Introduction à la psychologie positive, Paris, Dunod

Martin-Krumm C. et Tarquinio C. (2011) Traité de psychologie positive. Fondements théoriques et implications pratiques, Bruxelles, De Boeck

www.psychologie-positive.net (association française et francophone de psychologie positive)

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 17:26

Les « familles d’accueil » qui reçoivent des enfants confiés par les services de l’Aide à l’Enfance des Conseils Généraux, et qui sont valorisées dans une série télévisée à succès, s’appellent depuis peu des « assistantes familiales ». On les appelait auparavant des « assistantes maternelles », et même en abrégé « les ass-mat ».

 

Elles bénéficient depuis les années 80 d’un statut et de formations. Michel Suard a animé de nombreuses sessions de formation d’assistantes maternelles dans le Calvados, l’Orne et la Manche. Il a animé aussi, dans les années 90, des sessions de formation sur la maltraitance, destinées à des personnels du Conseil Général de la Vienne : travailleurs sociaux, puéricultrices, médecins, secrétaires et aussi assistantes maternelles.

 

Le Conseil Général de la Vienne éditait à cette époque, en collaboration avec une association d’assistantes maternelles, un journal, « La Parentèle », destiné à ce public d’assistantes maternelles. Michel Suard avait été sollicité pour écrire un article dans cette revue. Nous publions aujourd’hui cet article dans ce blog, dans la rubrique Maltraitance, sous le n°34 . Il s’intitule : L‘assistante maternelle face à la maltraitance.

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 15:31

Pour prolonger la réflexion sur la justice restauratrice, évoquée le mois dernier avec l’article de Jacques LECOMTE, nous publions ce mois-ci un extrait du livre de Denis SALAS : La volonté de punir. A la fin de cet ouvrage, Denis SALAS explicite les fondements de la justice restauratrice, qui se développe en particulier dans des pays anglo-saxons, et qui devraient pouvoir être une réponse ou un antidote aux dérives du « populisme pénal » qu’il analyse longuement tout au long du livre. Il y explique comment notre société et son système judiciaire s’engagent toujours plus dans la voie de la répression, avec le risque de rompre avec notre conception humaniste et individualisée de la peine. Et si le souci légitime de réparation des victimes est devenu la préoccupation majeure de notre culture judiciaire, cette évolution constitue en même temps un réel danger pour la démocratie.

 

Le travail de Michel Suard auprès d’auteurs et de victimes d’agressions sexuelles intrafamiliales, lorsque des actions de réelle réparation sont possibles, se situe tout à fait dans ce courant de justice restauratrice. 

 

Cet extrait du livre de Denis Salas se trouve dans la rubrique "Justice" sous le titre : 33. Les promesses d'une justice "restauratrice"

 

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 15:13

 

(extrait du livre de Denis SALAS : La volonté de punir p. 248-254  

Ed.Arthème Fayard/ Pluriels 2010)

 

 

Peut-on imaginer une justice qui échappe au couple de l’accusé et de la victime ? Tel est le pari tenté par les pays anglo-saxons qui ont développé les formes communautaires de justice en réaction au mouvement de criminalisation et avec le souci d’inventer des formes alternatives de justice. Traditionnellement, la place de l’Etat y est moindre, la société civile plus autonome. La longue habitude d’intervention des communautés dans la gestion de la cité explique que les initiatives novatrices viennent de la société elle-même. Par postulat, la justice restauratrice refuse de punir un coupable et de dédommager sa victime. Au contraire, elle veut mobiliser toutes les parties prenantes d’un conflit pour restaurer les liens sociaux entre offensé, offenseur et collectivité. Quels que soient les termes utilisés - « conférence », « cercle », « médiation » -  c’est un processus de reconstruction de la vie collective où chacun doit s’impliquer. La portée de ce modèle est vaste : chaque fois, en somme, que les protagonistes d’un conflit sont assez liés pour vouloir continuer à vivre – ensemble, la réconciliation est le seul chemin qui s’ouvre à eux. Voilà pourquoi il est préconisé autant pour résoudre les litiges courants que pour sortir des traumatismes profonds issus des crimes de masse comme les « comités Vérité et Réconciliation ». Comment analyser ses multiples occurrences ? Forment-elles un « duo » ou livrent-elles un « duel » avec la justice étatique ? Peut-on y voir une ligne directrice qui donne sens à un modèle d’éthique « restauratrice » au-delà même des formes de justice ?

 

Cette justice restauratrice est d’abord une alternative à la justice pénale. Au Canada, son apparition correspond au constat d’échec du système pénal étatique chez les peuples anciennement colonisés. Souvent ce sont des juges qui sautent le pas et décident de tenter une nouvelle expérience. Ils prennent acte de l’échec d’une justice imposée à ces communautés et d’une gestion purement carcérale de leurs déviances. La reconnaissance des droits des « premières nations » y retrouve une chance. La volonté politique de restaurer un équilibre brisé par plusieurs siècles de colonisation est à l’origine des « cercles de guérison ». Les Community conferencing (Nouvelle Zélande), les « cercles de détermination de la peine » (Canada) et les « consultations communautaires » (Pays-Bas) s’en inspirent. Par rapport à la justice pénale, la rupture est triple : il n’y a pas d’infraction (et donc de couple coupable/victime) mais une offense ; pas de condamnation de l’acte coupable mais un processus de restauration d’un lien ; pas de juge qui tranche mais des médiateurs, des facilitateurs de parole. Seule la réponse sociale au tort impliquant des offensés et des offenseurs est en jeu. L’infraction à la loi s’efface devant les perspectives de réparation de l’offense offertes par les participants.

 

A distance de l’appareil étatique (mais avec sa contribution), la justice est rendue à une communauté. Le but est non de faire payer à un seul le prix de son acte mais que tous se sentent concernés par le tort, que tous rentrent dans le cercle de la réparation. Chacun doit retrouver la grammaire qui permet de se lierr à un langage commun. Dans la philosophie amérindienne, le « cercle » signifie la terre et le cycle de vie brisé par la colonisation. Les « cercles » sont là pour vider les querelles dans les univers autochtones où la pauvreté et la délinquance sont endémiques. Tous ceux qui ont une légitimité à intervenir dans la relation y ont leur place. Après plusieurs heures de discussion, le groupe établit un « plan de sentence » auquel tous sont liés.

 

Ce type d’instance peut aussi exister parallèlement au système pénal. Les « cercles de sentence » sont une modalité de la « déjudiciarisation ». Le juge délivre une autorisation de médiation, par exemple, avant une poursuite ou après un plaider coupable. Les programmes américains Victim offender médiation, les « conférences restauratives » ou les Family group conferences en Nouvelle-Zelande réunissent tous les membres de la famille et de la communauté concernés. Le « cercle » met en scène des relations endommagées, non des actes illégaux :en marge de la justice pénale, il s’agit d’une reconstruction par étapes d’une confiance commune. Ce n’est pas la « victime » qui dépose une « plainte » ; ce n’est pas sa demande qui appelle une réaction rétributive (la peine) ; ce n’est pas son préjudice qui est réparé mais le lien social conçu comme un bien commun qui est restauré. Ce qui compte est de mettre chacun en situation d’implication et de restauration du lien dont nous sommes tous coresponsables.

 

Face aux crimes de masse, la simultanéité des instances de justice est plus qu’ailleurs indispensable. A côté des tribunaux, d’autres régulations doivent intervenir dans le temps long de la reconstruction tant le lien entre les hommes est profondément brisé. On en mesure la nécessité, après le génocide rwandais, où il faut à la fois punir, réparer et restaurer de multiples lésions individuelles et collectives. A côté des procès pénaux, on trouve des formes plus populaires de justice (Gacaca), le tribunal international ad hoc d’Arusha mais aussi diverses commissions d’indemnisation. Après l’apartheid, les comités Vérité et réconciliation en Afrique du Sud mettent en place plusieurs types de réponse : le comité « Vérité » permet de construire le récit dû aux victimes, le comité d’amnistie apprécie si la peine peut être amnistiée en cas d’aveu, le comité des réparations statue sur les indemnisations. Une société hétérogène, le regard tourné vers l’après-conflit, doit puiser dans ses ressources propres. Unbuntu symbolise ce lien plus fort que la mort qui, au-delà des vivants, nous porte à poursuivre la vie commune. La confiance en la parole atteste de l’énergie créatrice d’un lien social composite. La société va au-devant d’elle-même, invente son avenir, déterre le champ des possibles enfoui dans le tissu social. L’essentiel est de retrouver l’arbre à palabre qui, dans les plus anciennes représentations de la justice, « symbolise l’enracinement et surplombe les conflits par le vouloir vivre ensemble ».

 

Le ressort de cette justice restauratrice est la honte. Son mécanisme opère le passage de la honte dégradante (shaming) – le tribunal vous déclare coupable de… - en honte positive (reintegrating shaming). A l’opposé de l’humiliation, elle exprime une désapprobation compréhensive de la part de la communauté. Le regard porté sur l’acte ne désigne plus un coupable mais un membre de celle-ci. L’auteur peut passer de l’indifférence à la prise de conscience (s’il présente des excuses par exemple) et la victime, de la honte à la reconnaissance. Pour que l’un sorte de la honte et que l’autre y entre, pour permettre ce jeu d’équivalence, le rituel ne doit pas être punitif. Il ne résulte ni de la rétribution (« tu es coupable, tu seras puni pour la faute »), ni de la réhabilitation (« tu es coupable, mais tu vaux mieux que tes actes »), mais de la volonté de régler une dette mutuelle : « en m’offensant, tu t’es endetté à mon égard ». Par conséquent, « tu » me dois la vérité afin qu’ensemble, « nous » puissions retrouver la paix. L’offenseur doit se dissocier de son acte et prendre le risque de se couvrir de honte en reconnaissant les faits, en regardant la victime en face. Le bénéfice pour la victime est précieux : « La société ne songe qu’à sa sécurité et se fiche complètement des vies endommagées : elle regarde en avant et dans le meilleur des cas elle le fait pour éviter que ce genre de chose se reproduise. Mais mes ressentiments sont là pour que le crime devienne une réalité morale aux yeux du criminel lui-même, pour que le malfaiteur soit impliqué dans son propre forfait » (Jean Améry).

 

Comment mieux exprimer que ne la fait Jean Améry l’insuffisance du châtiment pour la victime ? L’acte est réprouvé mais son auteur est aussi reconnu comme moralement capable de changer. Sorti de sa matérialité brute, il est mis en récit, réécrit au futur, réinscrit dans un projet qui le dépasse. L’entrée de l’auteur dans un itinéraire moral - jamais acquise, du reste - est rendue possible par la confiance qui lui est maintenue. Celle-ci va être guidée plus facilement, sinon vers le pardon, du moins vers une forme de satisfaction.

 

L’éthique restauratrice fait plus que désamorcer l’éthique de la colère. Elle place l’œuvre de justice dans une perspective de compréhension qui nous lie les uns aux autres par-delà nos conflits. Elle permet une démarche réparatrice parce que la réprobation demeure compréhensive et donc d’autant mieux acceptable pour l’offenseur. Celui-ci ne subit plus passivement sa peine, la victime n’attend plus le jugement, le public n’assiste plus au procès : chacun, pris dans le jeu de rôle social et non plus pénal, se trouve de fait impliqué dans la reconstruction. Un procès d’assises, par exemple, ne peut-il pas – au moins à certains moments – échapper à l’étreinte de l’accusation, sortir de l’affrontement entre coupables et victimes ? N’a-t-il pas vocation à élaborer un récit plus proche du conflit quand le crime concerne des personnes qui se connaissent, une histoire commune à entendre, un réseau de liens à déplier ?

 

On ne peut donc pas éviter de payer au moins trois dettes : celle qui est due à la loi parce que toute société organisée vit par ses codes, interdictions et sanctions ; celle qui est due ensuite à la victime qui doit être reconnue à sa place, dire son récit, obtenir réparation ; celle, enfin, qui est due au condamné qu’il faut mettre sur la voie de la réintégration dans la communauté. Utopie de satisfaire tant d’intérêts contradictoires ? Peut-être. Mais « tenir cette issue pour improbable, c’est finalement avouer que la pragmatique de la peine, même réintégrée dans le périmètre du concept de satisfaction, reste incapable d’étouffer le scandale que reste la peine pour l’intelligence » (Paul Ricoeur). La justice, dans ce sens, reste une médiation imparfaite et pour cela vouée à réinventer ses propres formes. Sa contribution à la paix n’en existe pas moins sur les trois plans : réduction de la criminalité (prévue par la loi commune), réinsertion envisageable (du condamné), réparation des torts causés (à la victime).

 

 

La sentence du juge Dutil

 

La pratique du juge Jean L. Dutil (juge à la chambre criminelle et pénale du Québec) de la justice réparatrice (terme en vigueur au Canada) correspond aux trois « satisfactions » qu’assigne Paul Ricoeur à la peine. « Un individu d’environ quarante cinq ans comparait devant moi et plaide coupable à des infractions de voies de fait, d’entrave au travail des policiers, de divers méfaits et d’avoir troublé la paix. Tout cela était intervenu un soir dans un bar alors qu’il était en état d’ébriété. L’accusé comparaissait seul, avait plaidé coupable et n’avait aucun antécédent judiciaire. J’ai compris après l’avoir questionné qu’il passait des moments difficiles à cause d’une procédure de divorce. J’ai décidé de reporter ma sentence en demandant de convoquer la famille. Au jour dit, les frères, sœurs, beaux-frères et belles-sœurs se présentent. Je leur explique les difficultés qu’ils ignorent et qu’il a besoin  d’eux. Un beau-frère qui a des billets de hockey offre de l’inviter le samedi soir. Sa sœur aînée veut bien organiser des dîners de famille les fins de semaine. Bref, toute la famille prend ses responsabilités et lui offre l’aide dont il a besoin. Ce n’est pas un criminel que j’ai devant moi, mais un individu qui a violé la loi alors qu’il était en détresse. Désormais sa famille est prête à l’aider. Il sera ainsi en mesure de réparer les dommages causés aux victimes. Je suis persuadé que je ne reverrai jamais cet individu en Cour. » Il conclut : « Les cercles de consultation de famille et des amis intimes pourraient contribuer à faire baisser le taux de criminalité. Notre système judiciaire pourrait-il évoluer en ce sens ? »

(extrait d’une conférence de J. Dutil à l’ENM en octobre 2000)

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Published by suardatfs - dans Justice
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