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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 15:36

Qui peut dire que la Gauche est laxiste ? Notre Parlement a voté une loi en août dernier qui permet de sanctionner non plus seulement des faits délictuels, mais encore des fantasmes.

De quoi s'agit-il ? En matière de prévention de la pédo-pornographie, l'article 227-23 du code pénal voté en 2003 sanctionnait  " Le fait, en vue de sa diffusion, de fixer, d’enregistrer ou de transmettre l’image ou la représentation d’un mineur lorsque cette image ou cette représentation présente un caractère pornographique "

 Afin d'appliquer une directive européenne, il a été ajouté à cet article de loi la phrase suivante :" Lorsque l’image ou la représentation concerne un mineur de quinze ans , ces faits sont punis même s’ils n’ont pas été commis en vue de la diffusion de cette image ou représentation."

Posséder certains types de BD, de mangas, les lire, dessiner pour soi des enfants avec les fesses à l'air, voire photographier son bébé nu sur la table à langer... Tout cela peut devenir dangereux...

 

Le site belge Yapaka.be, que nous avons déjà cité sur ce blog, a publié un commentaire intéressant de cette modification législative. C'est à lire dans la rubrique "pédophilie" sous le titre : 48. Vers une police de la pensée ?

 

 

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 11:11

Lors du dernier CIFAS (Congrès International Francophone sur l'Agression Sexuelle) qui s'est tenu à Québec au mois de mai dernier, Pierrette LEMOINE, infirmière, qui travaille au CRIAVS de Basse-Normandie (Centre Ressource pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violence Sexuelle) a présenté une recherche historique sur l'évolution du concept d'agression sexuelle depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jours, et sur la manière dont les sociétés ont considéré et plus ou moins sanctionné cette déviance. Nous présentons cette communication dans la rubrique "Justice" sous le titre : 47. Evolutions du concept de violences sexuelles dans l'histoire.


Pour compléter cette évolution dans une époque très récente, nous signalons par ailleurs le livre d'un chercheur en sociologie, Pierre Verdrager, qui analyse comment certains milieux intellectuels ont tenté de légitimer la pédophilie dans les années 70-80 et comment, en quelques années, le pédophile est devebu un danger pour la société. Ce livre, paru cette année, s'intitule : "L"enfant interdit. Comment la pédophilie est devenue scandaleuse" (ed. Armand Colin).

 

CIFAS:  Depuis 2001, ce congrès a lieu tous les deux ans, alternativement au Québec et en Europe (Belgique, France ou Suisse) www.cifas.ca


CRIAVS-BN : 2 porte de l'Europe 14000 CAEN tel : 02 31 06 18 80


Pierrette LEMOINE a co-animé avec Michel Suard le groupe thérapeutique d'auteurs de crimes sexuels intrafamiliaux, de 2004 à 2006, au Centre Pénitentiaire de Caen.

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 15:07

L’AFIREM, Association Française pour l’Information et la Recherche sur les Enfants Maltraités (www.afirem.fr), publie plusieurs fois par an une revue : Les Cahiers de l’AFIREM. La dernière parution (N° 58 septembre 2013) est centrée sur l’analyse du phénomène de la prostitution des mineurs, avec des contributions de chercheurs, de magistrats et de policiers, de journalistes et avec deux études sur l’exploitation sexuelle de mineurs en Inde et au Nigeria.

 

En introduction de ce numéro, Michel SUARD, membre de l’AFIREM depuis sa création en 1979, présente un livre écrit par Claudie BROUILLET, qui témoigne de son expérience de jurée lors du « procès des pédophiles d’Angers ».

 

La Cour d’Assises s’est tout d’abord réunie à Angers pour un premier jugement en 2005. Douze des soixante condamnés ont fait appel. Un nouveau procès s’est tenu à Nantes en 2007. C’est lors de ce procès en appel que Claudie BROUILLET a fait partie du jury. Ce procès retentissant en raison du nombre des inculpés et des victimes semble toutefois avoir moins marqué les esprits que les dérives du « procès d’Outreau », sans doute parce qu’à Angers et à Nantes, l’instruction et le procès se sont déroulés de façon exemplaire !

 

Nous publions ce mois-ci, sous le n° 46  dans la rubrique « pédophilie », cette présentation avec un extrait de « Jurée d’Assises - Dans les abîmes de l’enfance violentée », le livre de Claudie BROUILLET, paru aux Éditions de l’Atelier en 2010.

 

Il faut ensuite aller lire ce livre.

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 16:33

 

Le projet de loi pénale semble voir le jour et les "arbitrages" donnent raison à Christiane Taubira quant à la création d'une nouvelle sanction baptisée "contrainte pénale" comme le souhaitait Pierre-Victor Tournier dont nous avions présenté le projet  sur ce blog (voir n° 35 dans la rubrique Justice), et aussi avec la suppression des peines plancher. Ce sont des mesures prometteuses, si toutefois elles vont jusqu'au bout du processus législatif, et si les 300 postes supplémentaires annoncés de Conseillers d'Insertion et de Probation  (qui seront chargés d'accompagner ces mesures de "contrainte pénale" dans la communauté) mais qui seront sans doute insuffisants, sont réellement créés. Ce sont aussi des mesures courageuses dans la mesure où Christiane Taubira est très mal acceptée par l'ensemble des partis de droite, et qu'un sondage récent publié par le Figaro montre que l'opinion publique reste plus favorable à la répression qu'à la réinsertion des condamnés, les jugements et peines prononcés par la Justice étant considérés comme pas assez sévères, en particulier pour les situations de récidive ou pour les crimes sexuels. Mais déjà en 1981, l'abolition de la peine de mort avait été votée alors que l'opinion publique y était opposée...

 

La contrainte pénale envisagée par le projet de loi ne concernera que les délits qui entraînaient jusqu'à maintenant une peine inférieure à 5 ans d'emprisonnement. Ces personnes condamnées pourraient donc recevoir une sanction qui comportera diverses obligations contrôlées par des C.I.P., sans qu'il soit question d'emprisonnement. C'est seulement en cas de non respect des obligations qu'un emprisonnement pourra être envisagé (ce qui n'est finalement pas très éloigné de l'actuel sursis avec mise à l'épreuve).

 

Pour les personnes condamnées à une peine d'emprisonnement, il est prévu d'éviter toute "sortie sèche", c'est-à-dire sans préparation. La "libération conditionnelle", sans être "automatique" devra être envisagée pour permettre une sortie beaucoup plus accompagnée, gage de meilleures chances d'insertion et de non-récidive.

 

J'avais entendu l'an dernier Christiane Taubira dire son intérêt pour la justice restauratrice. Nous avons évoqué cette forme nouvelle de justice sur ce blog (voir les articles 32 et 33 dans cette même rubrique "Justice"). La justice restauratrice vise à aider aussi bien la victime que le délinquant à se réparer. Avec deux formes principales d'intervention : 

-des groupes de parole entre des auteurs de délits et des victimes, mais qui ne sont pas les victimes de ces auteurs

-des rencontres médiatisées entre un auteur et sa victime.

J'ai pratiqué ce genre de rencontres en prison, avec des auteurs de crimes sexuels intrafamiliaux (condamnés à des peines de plus de 5 ans et qui ne relèveront donc pas de la "contrainte pénale") et leur victime et j'ai pu apprécier l'intérêt de cette forme de travail qui rend l'auteur acteur de la réparation de sa victime, à condition bien sûr qu'un travail de préparation soit réalisé autant avec l'auteur qu'avec la victime. J'ai présenté ce travail dans plusieurs articles de la rubrique Inceste de ce blog (en particulier les articles 5, 7, 8 25 et 30).

 

Or, une loi de mars 2010 a prévu l'interdiction systématique de tout contact entre auteur et victime d'agression ou d'atteinte sexuelle, sauf avis motivé du Juge de l'Application des Peines. Afin de rendre possibles des rencontres "restauratrices" entre auteurs et victimes dans le cas particulier des abus intrafamiliaux, il me semblait nécessaire de supprimer cet article de loi, et de revenir à la situation antérieure où les rencontres étaient possibles, sauf interdiction prononcée par le J.A.P. J'ai donc demandé à ma députée de transmettre cette demande à la Garde des Sceaux.

 

Celle-ci à répondu qu'il n'y avait rien à changer dans la loi, puisque "si l'article 721-16-2 du code de procédure pénale prévoit effectivement pour certaines infractions visées à l'article 706-47 du code de procédure pénale, dont les infractions sexuelles, l'obligation pour les juridictions d'application des peines de prononcer, dans le cadre des décisions entraînant la cessation temporaire ou définitive de l'incarcération, l'interdiction pour le condamné d'entrer en relation avec la victime, il laisse néanmoins la possibilité aux juridictions de ne pas prononcer cette interdiction par décision spécialement motivée.. Ainsi, dans les situations évoquées par Monsieur Michel SUARD dans sa présentation jointe à votre courrier, les juridictions d'application des peines peuvent prendre en considération la position des victimes lorsqu'elles expriment leur volonté de renouer des liens avec la personne condamnée. Elles peuvent ainsi ne pas prononcer d'interdiction d'entrer en relation avec la victime ou supprimer cette obligation en cours de mesure".

 

Certes, mais la règle reste bien la priorité à la rupture des liens et pour que des "décisions spécialement motivées" disent le contraire, il faudra que les victimes qui souhaitent rencontrer leur ancien agresseur manifestent très fort leur volonté, qu'elles soient fortement soutenues, et que les magistrats à la fois considèrent que l'abus sexuel intrafamilial n'est pas de même nature que l'abus extrafamilial, et qu'ils n'imaginent pas, comme je l'ai rencontré parfois, que l'auteur est en train de manipuler sa victime pour reprendre une emprise sur elle.

 

Par ailleurs, la ministre de la Justice évoque l'autre forme de justice restauratrice qu'elle semble bien préférer aux rencontres directes auteur-victime. Elle poursuit en effet dans son courrier :

"Je puis vous indiquer par ailleurs que d'autres expériences de justice restauratrice se sont déroulées en France et notamment des rencontres détenus-victimes à la maison centrale de Poissy, réunissant trois détenus et trois victimes de faits semblables à ceux commis par les personnes condamnées. L'objectif poursuivi par cette expérience était de créer un espace de parole où se rencontrèrent des victimes et des détenus qui ne se connaissent pas et ne sont pas liés par la même infraction.

Il s'agit de l'approche adoptée notamment au Canada pour les infractions à caractère sexuel et plus particulièrement les infractions incestueuses. A travers ces rencontres, chaque personne condamnée s'est trouvée en mesure de prendre conscience des conséquences et des répercussions de l'acte criminel qu'elle avait pu commettre. Cette expérience, qui s'est révélée positive tant pour les condamnés que pour les victimes devrait être renouvelée cette année."

 

Cette unique expérience de groupe a été réalisée à Poissy en 2011. Elle est certes très intéressante et demande à être développée. Le conditionnel annonçant la possibilité d'une nouvelle expérience similaire ne montre toutefois pas un grand enthousiasme pour ce genre de pratiques. Et il s'agit toujours d'"expériences", alors qu'ailleurs, par exemple dans l'association l'Ange Bleu, Latifa Benari anime des groupes de parole depuis plusieurs années entre des auteurs et des victimes, et n'en est plus au stade de l'expérimentation.

 

Enfin, la conclusion de la lettre de Mme Taubira fait complètement l'impasse sur les 150 entretiens entre auteur et victime que j'ai conduits en prison et hors de la prison. Elle conclut en effet son courrier en disant que "les dispositions du code de procédure pénale permettent donc, dès à présent, la mise en oeuvre d'expérimentations de médiation restauratrice entre victimes et condamnés".

 

On va donc "mettre en oeuvre" des "expérimentations", c'est-à-dire un  nouveau groupe pour 3 victimes et 3 condamnés. Quant aux victimes qui veulent rencontrer leur ancien agresseur, elles devront se débrouiller pour convaincre le Juge. Je ne vois nulle part l'annonce d'un soutien pour ce genre de rencontres.

 

J'espère que les changements annoncés par la future loi pénale vont améliorer le fonctionnement de notre justice. Mais dans le domaine de la Justice Restauratrice, le changement, c'est pas maintenant !

 

Michel SUARD

suardatfs@wanadoo.fr

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 21:30

Lors d’un déplacement récent en région parisienne, Michel Suard a rendu visite à un couple qu'il avait accompagné pendant les dernières années d’incarcération du mari à CAEN. Il y a près de 10 ans de cela. Ce couple a donné régulièrement de ses nouvelles et Michel Suard leur a rendu visite trois fois. Leur toute dernière rencontre a été l’occasion de revenir sur leur histoire, et il a éprouvé le besoin d’écrire le souvenir que lui a laissé leur récit ainsi que ses ressentis de ce qu'il a pu partager avec eux.

 

Afin de préserver l'anonymat de cette famille, les noms, les prénoms, les lieux (autres que la prison de Caen), et aussi les dates, ont été modifiés. 

 

Le parcours étonnant de cette famille met en évidence les interrelations complexes et variées entre les membres de la famille et la multiplicité des intervenants médicaux, sociaux et judiciaires, avec parfois des aides, coordonnées, et des soutiens respectueux des personnes et de leur histoire, et parfois au contraire des jugements a priori, des peurs face à des actes certes condamnables, et une méfiance qui empêche les intéressés de s'en sortir. Heureusement, cette famille a su mettre en oeuvre des ressources qui lui permettent 8 ans après la sortie de prison du père des enfants d'avoir une vie sociale "normale", sans même que se pose la question de la récidive.

 

Le "parcours de vie" de cette famille inaugure une nouvelle rubrique de ce blog, justement intitulée "Parcours de vie". Et cette histoire est à lire sous le n°45 :"Maryline, Lucien et leurs enfants".

 

Bonne lecture, et rendez-vous pour une prochaine parution à la fin du mois d'août. Nous espérons que le projet de loi pénale, évoqué dans nos récentes parutions, aura pris forme et que nous pourrons le présenter et le commenter.

 

L'A.T.F.S.

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 10:15

Nous publions ce mois-ci dans la rubrique "Justice" une note de la fondation Jean Jaurès, rédigée par Dominique RAIMBOURG, député de Loire-Atlantique. Ce député s'est déjà signalé par un rapport important sur les moyens de limiter la surpopulation carcérale. Il "récidive" en sollicitant les citoyens que nous sommes sur des propositions qui visent à rééquilibrer notre système pénal afin de limiter les excès de la répression, tout en accentuant le contrôle en vue de la réinsertion des condamnés. Vous êtes invités à lire ce document et à donner votre avis sur les différentes propositions, sur le site www.parlement-et-citoyens.fr


 L'augmentation constante de la répression n'a pas fait ses preuves pour diminuer la délinquance ni les risques de récidive. Il est nécessaire de promouvoir autrechose. C'est ce que propose ce document de Dominique Raimbourg, à côté des conclusions de la conférence de consensus sur la prévention de la récidive dont nous avons déjà parlé. L'évolution de notre système pénal et en particulier de notre système carcéral dépendra des nouvelles lois qui seront votés par nos députés, en principe cet automne, mais nous avons d'abord à donner notre avis à nos députés.

 

Cette note de Dominique Raimbourg s'intitule : Répression : d'une culture de l'enfermement à une culture du contrôle.

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 12:47

Ce mois-ci, nous publions un article original de Michel SUARD qui traite de la question des mères d'enfants victimes de relations incestueuses.


Comme dans ses communications précédentes sur le thème des violences sexuelles, il considère que l'abus intrafamilial, commis le plus souvent par l'homme adulte de la famille, prend son sens dans un dysfonctionnement du système familial, plus que dans une pathologie personnelle de l'auteur. La mère de famille, qu'il refuse de juger a priori comme coupable ou instigatrice de la relation abusive, a, de ce fait, une place d'"actrice" de ces jeux familiaux perturbés, "responsable mais pas nécessairement coupable".


Il présente dans cet article un certain nombre de situations cliniques qui mettent en lumière la variété des postures de ces mères confrontées à l'abus intrafamilial.


Titre de l'article : "Les mères des enfants victimes d'abus sexuel dans le cadre familial", à lire sous le n° 43 dans la rubrique "inceste"

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 16:11

En juin 2010, nous avons publié sur notre blog un article paru dans la revue Sens dessous, revue trimestrielle de réflexion éditée en Vendée. Il s’agissait d’un entretien de Michel Suard avec Laurence Schaefer. Cet article s’intitulait : Auteurs d’abus sexuels. Refuser leur éviction sociale et familiale au risque de nouvelles alternatives (paru sous le n° 5 dans notre rubrique : Inceste)

 

Laurence Schaefer « récidive » en écrivant dans le n° 11 de janvier 2013 de cette revue Sens dessous, dont le thème central est « Le désordre », un article intitulé :  L’aide à la pédophilie abstinente. Pour un regard humaniste sur les « présumés coupables ».

 

Le blog de cette revue : http://sens dessous.wordpress.com

 

Il nous semble important en effet de distinguer la pédophilie (définie comme une attirance sexuelle pour des enfants pré pubères) de l’inceste (qui concerne des abus commis au sein d’un dysfonctionnement intrafamilial). Or, un certain nombre de personnes, qui souffrent de ressentir cette attirance pour de jeunes enfants, essaie de ne pas passer à l’acte. Ces « pédophiles abstinents » ne trouvent aucune aide dans notre fonctionnement médico-social.

 

En vantant l’action de Latifa Bennari au sein de l’association L’Ange Bleu, et en présentant le petit livre d’Isabelle Guso « Présumé coupable », Laurence Schaefer met ainsi l’accent sur un manque important d’une société qui semble préférer la répression à la prévention.

 

Nous publions son article sur notre blog dans une nouvelle rubrique « pédophilie », sous le n°42.

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 11:05

J’ai eu l’opportunité – le privilège – d’assister aux auditions publiques de la conférence de consensus sur la prévention de la récidive, les 13 et 14 février, à Paris. J’ai été très impressionné par le dispositif mis en place par le Garde des Sceaux. Nicole Maestracci, (première présidente de la Cour d’Appel de Rouen, mais aussi très préoccupée par les problèmes de l’insertion puisqu’elle est aussi présidente de la Fédération Nationale des Associations de Réinsertion Sociale (FNARS) et qui vient depuis peu d’être désignée par le Président de la République pour siéger au Conseil Constitutionnel) avait été choisie par Christiane Taubira pour organiser, en toute indépendance, le comité d’organisation de cette conférence de consensus et pour en former le jury.

La « conférence de consensus » est un outil de travail souvent utilisé en médecine et aussi parfois dans le domaine social, mais qui n’avait encore jamais été utilisé dans le domaine de la Justice. L’objectif clairement formulé par la Grade des Sceaux était de rassembler les connaissances, les recherches, les expériences, en France et à l’étranger, sur la question de la récidive, dans le but d'élaborer, à partir de données scientifiques évaluées, des propositions de prévention de la récidive de la délinquance. La ligne politique définie consistait à sortir d’un fonctionnement de la justice qui traite la récidive par de plus en plus de répression, de peines automatiques, suite à des lois votées sous l’effet de l’émotion –légitime – provoquée par des drames très médiatisés, mais sans qu’aucune évaluation de ces lois votées ait jamais été réalisée. Or, de 2005 à 2012, ce sont 8 lois successives qui ont été votées par le Parlement dans le but de « traiter » la question de la récidive.

Demande corollaire de la ministre : puisque les études et les pratiques à l’étranger ont déjà démontré que l’emprisonnement n’était pas un moyen efficace d’éviter la récidive des condamnés, réfléchir à la possibilité de créer une peine principale – individualisée – qui ne soit pas l’incarcération. Autrement dit : comment remplacer le mode de pensée qui considère : prison en priorité, sinon, peines « alternatives » à l’incarcération, par un fonctionnement qui privilégie des sanctions dans la communauté, la prison n’intervenant que comme une alternative, ou bien restant privilégiée dans les crimes et délits les plus graves.

Le comité d’organisation, présidé par Nicole Maestracci a, dans un  premier temps, entendu et recueilli des contributions orales et écrites d’une soixantaine d’organisations, associations, comités, fédérations, aumôneries, concernées par le sujet étudié (depuis l’académie de médecine jusqu’aux syndicats de policiers, en passant par l’observatoire international des prisons et l’association des maires de France), ce qui a abouti à un document de 600 pages, remis aux 20 membres du jury. Ce jury, très varié et très ouvert, était composé de magistrats, d’universitaires, philosophe, économiste, chercheurs (dont un canadien), de personnels pénitentiaires (directeur de prison, conseillers d’insertion), policier et gendarme, responsables d’associations (dont un ancien détenu), psychiatre, maire, avocat, journaliste (suisse). Et il était présidé par une ancienne juge, belge, et vice-présidente de la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Le travail de cette conférence était bien sous le signe de l’Europe.

Les deux journées d’auditions publiques ont rassemblé plus de 2000 personnes à la Maison de la Chimie à Paris. 27 « experts » se sont succédés à la tribune pour exposer leurs expériences, leurs points de vue, leurs propositions, et pour répondre aux questions des membres du jury.

Les intervenants les plus applaudis par le public au cours de ces deux jours ont été tout d’abord Christiane Taubira elle-même qui a séduit le public par sa compétence, sa connaissance du dossier (elle a parlé près d’une demi-heure sans aucune note), son enthousiasme et son charisme . Parmi les experts, Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté, a eu beaucoup de succès, de même que le groupe des 6 détenus venus (en permission de sortie à cette occasion) rapporter les réflexions de groupes de discussion qui s’étaient tenus dans leurs établissements pénitentiaires sur les facteurs de récidive et les moyens d’éviter la récidive. Mme Boulay, représentant les victimes et qui a parlé d’une expérience de justice restauratrice, a été elle aussi très applaudie. De même que les 2 conseillers d’insertion et de probation, qui se sont présentés comme « travailleurs de l’ombre », mais il est vrai qu’ils avaient beaucoup de collègues de toute la France dans la salle.

Le jury a continué ses travaux à huis clos pendant les  2 jours suivants et a formulé 12 préconisations qui ont été présentées le 20 février au Premier Ministre et à la Garde des Sceaux.

Le jury, privilégiant la fonction d’insertion et de réinsertion de la peine, et remettant en cause le dogme de l’efficacité de la prison, préconise la création d’une nouvelle peine de probation indépendante et sans lien ni référence à la prison.

Favorable à une politique volontariste d’aménagement des peines, il recommande l’interdiction de toute « sortie sèche » de détention et l’adoption d’un système de libération conditionnelle d’office, sauf décision contraire du juge.

Le jury estime par ailleurs que la rétention et la surveillance de sûreté, la période de sûreté automatique pour les longues peines, ainsi que les mécanismes automatiques d’aggravation des peines – tels les peines planchers – et de limitation de la possibilité de leur aménagement devront être supprimés.

Insistant sur le caractère exceptionnel de l’emprisonnement, le jury rappelle que la détention devra se dérouler dans des conditions préservant la dignité de la personne et lui permettant, dès le début, de préparer effectivement sa réinsertion.

 

Christiane Taubira s’est engagée à tenir le plus grand compte de ces propositions dans l’élaboration de la loi pénale qu’elle soumettra au Parlement dans les prochains mois. Est-ce que ces changements, qui semblent aller dans le bon sens, sont possibles dans une société, en France comme à l’étranger, qui se veut toujours aussi sécuritaire ? Ce fut la première question posée par la philosophe, membre du jury. Souhaitons que la Ministre parvienne à convaincre à la fois les députés, de droite comme de gauche, ainsi que l’opinion publique. Mais il faudra aussi convaincre le gouvernement lui-même que des moyens humains soient trouvés, en particulier pour assurer l’accompagnement des condamnés «en milieu ouvert ».

 

Il est possible de voir et d’écouter les contributions des experts lors de ces deux journées publiques, ainsi que les discours de présentation de Christiane Taubira et de Nicole Maestracci sur le site du ministère de la Justice : www.justice.gouv.fr/la-garde-des-sceaux-10016/la-prevention-de-la-recidive-fait-consensus-25111.html

Ou sur le site de la conférence : http://conference-consensus.justice.gouv.fr

 

 

Michel Suard

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 17:36

 

 Nous avons déjà eu l'occasion d'évoquer le travail de Pierre-Victor Tournier, directeur de recherches au CNRS, spécialiste en démographie pénale, et qui édite une revue en ligne intitulée "Arpenter le champ pénal", revue toujours très documentée sur tout ce qui touche à la justice, et à la sanction pénale, avec un  grand souci de précision sur le sens des termes utilisés et sur les chiffres diffusés. Nous avons publié en particulier son appel pour la création d'une "contrainte pénale communautaire"  qui prendrait le pas sur la priorité donnée à la sanction carcérale.


Il vient de regrouper ses nombreuses analyses de la situation des prisons en France, dans un ouvrage qui va paraître ce mois-ci. Ce livre, intitulé "La prison, une nécessité pour la République" va sortir au moment même où se tient la conférence de consensus sur la prévention de la récidive, au moment aussi où vient d'être présenté au parlement le rapport de la mission parlementaire présidée par M. Dominique Raimbourg sur les moyens de lutter contre la surpopulation carcérale.

Nous souhaitons vivement que toute cette actualité permette non seulement que nos prisons ne soient plus cette "honte de la république" dénoncée par tous les rapports parlementaires qui se sont succédés, mais que la dignité d'être humain soit reconnue aux délinquants, et plus largement qu'elle parvienne à redéfinir le sens que doit avoir la peine pour les délinquants.

Nous publions dans notre rubrique Justice, sous le n° 40, la présentation de cet ouvrage, avec sa préface rédigée par Elisabeth Guigou, ancienne Garde des Sceaux 


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